METIERS AMBULANTS, COLPORTEURS ET METIERS SAISONNIERS ...

 

Une grande variété de marchands arpentaient périodiquement les rues du village. Ils proposaient les spécialités et les nouveautés introuvables au "boutique". Apportant les nouvelles, leurs visites rythmaient le temps.

  Voici tout d'abord le marchand de moutarde de Lessines. Il portait une marmite contenant une délicieuse mixture de fabrication maison que l'on puisait à la louche.

Louis de Ath et Frans Van Dooren, marchands de paniers, présentaient leurs mannes, mannettes, ramons, brosses étrilles, catoires, paniers à œufs , fauteuils en osier...

N'oublions pas le marchand de tapis : carpettes, paillassons, toiles cirées.

Accompagnée de deux ou trois petits enfants qui sollicitaient une aumône (le plus souvent une tartine), la marchande "à la toilette" offrait en particulier à l'attention des jeunes filles : peignes, brillantine, bigoudis, épingles, filets.

  Une autre visite était appréciée des dames, celle du marchand de lacets : lanières en cuir pour bottines, lacets, boucles, gros fil, cirage, savon à barbe, blaireau, papier de verre, épingles de sûreté, aiguilles, pressions, boutons...

  Edouard, le marchand de laine de Leuze était également attendu par les ménagères. Il présentait des écheveaux de laine pour raccommoder les bas et de la fine laine pour tricoter les chaussettes. Le tout était rassemblé dans la grande nappe à carreaux blancs et bleus nouée aux quatre coins qu'il portait sur l'épaule .

Il y avait aussi un coiffeur qui passait à pied de portes en portes avec sa petite valise. Il coiffait hommes et dames à domicile. Quand on le voyait, on chantait: "Je suis coiffeur de dames et je m'appelle Albert. Toutes les femmes raffolent de mon petit coup de fer (Fer à friser bien sûr)".

  Le marchand de pétrole conduisait un vieux cheval tirant une grande cuve peinte en rouge posée sur une charrette. Jules de la pétrolifère agitait une grande cloche et les ménagères venaient remplir leur cruche de deux ou cinq litres de pétrole pour l'éclairage "à l'écrène" (à la soirée). La pétrolifère se trouvait à l'emplacement des actuels établissements Despé .

  Victor Corbisier était marchand de peaux. Il criait: "Peaux de lapins, loques et ochaux ! ". Les peaux étaient bourrées de paille pour les sécher et les tendre au maximum. Quand son fils accompagnait son épouse avec la charrette, elle ramassait les vieux linges, les ferrailles... François Duquesne dit "Eul Tico" de Tongre-Notre-Dame se livrait au même commerce. Il se signalait en sifflant toujours les mêmes notes. Malheureusement, il était affecté d'un appréciable strabisme. C'était aussi un grand colombophile, "juge" lors des expositions "au standard". On ne savait jamais s'il regardait votre pigeon ou celui du panier d'à côté ! Les peaux de lapins étaient vendues à une couperie de poils (il y en avait quelques dizaines dans la région de Zele). Avec les poils on fabriquait des feutres pour chapeaux, des tapis d'ameublement, des matelas. A Willebroeck, la peau servait à faire de la gélatine (suivant la pureté, elle avait un usage alimentaire, pharmaceutique ou encore elle servait pour la colle de menuisier, pour le blanc fixe à chaux, pour les peintures à la détrempe).

  "Mildache" de Moulbaix a débuté un commerce de fruits et légumes. Il s'était aussi spécialisé dans les vieux fers, platines, pots d'étuve, roues usées, cercles de tonneaux. Brusquement, lorsque les apparitions de Beauraing ont commencé, il est parti s'installer dans cette localité pour y vendre des objets pieux .

  "Eul Fons", sa femme "Jeanne del rousse" et leur fils "Eul Guss Mortiau" étaient marchands de platines. Leur point d'attache se situait à l'entrée des briqueteries Rasse, en face de l'actuel terrain du R.F.C. Athois. Ils circulaient avec une roulotte et "campaient" quelques jours sur la place face aux grilles du château. Les platines étaient placées sur les poêles de Louvain et existaient en différents diamètres extérieurs et intérieurs qui correspondaient aux diverses casseroles et poêlons. Certaines étaient percées d'un petit trou qui donnait quelques lueurs lors du "noir quart d'heure", à la tombée du jour

  Un marchand apportait le précieux sable blanc pour la protection des étuves et des carrelages. Les ménagères y traçaient de mystérieuses figures décoratives .

  Autre étonnant métier d'autrefois : le rétameur. Les couverts usuels étaient en acier recouvert d'une couche d'étain plus ou moins blanc selon la teneur en plomb mais qui avait la fâcheuse "habitude de s'user" ! Chaque année, à la fin des vacances (du 15 juillet au 15 septembre à l'époque), le rétameur venait s'installer durant une ou plusieurs semaines dans la remise du "Gène Chale du coq". Il ramassait les couverts, les débarrassait de l'ancienne couche au moyen d'un acide, rinçait, séchait puis procédait par bains successifs au dépôt d'une nouvelle couche d'étain en fusion. Il réparait aussi les chaudrons en cuivre .

  Le rémouleur s'annonçait d'une voix chantante : "ciseaux-couteaux". C'est l'un des itinérants les plus connus : la charrette à bras était de couleur verte avec pour enseigne des dessins blancs de couteaux, canifs, ciseaux, hachoir à légumes... Elle était autrefois tirée par un chien. La grande pierre à aiguiser tournait (en grinçant) grâce à deux longues pédales .

  A la bonne saison, le batteur de matelas était impatiemment attendu. Gérard Rocrelle de Ladeuze se déplaçait à vélo et portait sur le dos les baguettes et l'encadrement en bois tressé pour le battage.

  Le marchand "d'wé" était capable de dénombrer les demi-douzaines d' oeufs en les saisissant par poignées ! Georges "Limage" Legrand passant de maison en maison pour acheter les œufs de la semaine à 0,20 franc pièce -

  Quelques mots d'une autre figure originale : le marchand de tissus, "Eul Guss" de Maffle. Sur le porte-bagages (avant) de sa bicyclette, il portait un grand drap bleu lié aux quatre coins contenant des draps, taies, du basin, du croisé, de la toile bleue ...

Il ne mangeait que des sardines mais était quand même bien heureux de recevoir une bonne jatte de soupe ! Quand il dut cesser ses activités suite à une maladie cardiaque, c'est sa femme lrma qui prit le relais.

  Personnage plus énigmatique, François Dewitte, le taupier, posait des pièges dans les champs et les prairies et relevait les rongeurs dans les jours suivants. Les taupes étaient enfilées en cercle sur un fil de fer. Leur fourrure était très recherchée par les pelletiers. Cet homme était très renfermé. Il travaillait seul et ne livrait ses secrets à personne.

  Le marchand de légumes circulait avec une voiture couverte tirée par un cheval. "Eul blanc Coison" de Tongre-Notre-Dame transportait des cageots de fruits et de légumes. C'est en soufflant dans un cornet de cuivre porté en bandoulière qu'il s'annonçait. Pour ce commerce, il suffisait d'une balance avec plateaux en cuivre tout bosselés, quelques poids, une ardoise et une craie. Avant lui, "Hector du blanchisseur de Tongre avait exercé le même office .

  Autre figure impatiemment attendue : le marchand de moules. Il passait à la saison froide avec un bac en forme de demi tonne remplie des précieux mollusques.

  On peut aussi citer "les blanchisseux" car les façades (et les plafonds) étaient bien souvent blanchis au lait de chaux. Dès le mois de mars en prévision de la Saint-Ursmer qui, à Ormeignies, prévalait bien souvent sur Pâques, les façades étaient rechaulées lors d'un grand nettoyage. Campagne et Eul Ness Moi ou encore Florent de Tongre (père d'Hector) étaient passés maîtres dans l'art de monter la brosse sur un manche de deux mètres et plus ! Cette brosse était maintenue par un jeu de deux cordelettes torsadées.

Le "marquis" faisait partie de cette curieuse corporation de colporteurs de la région de Stambruges qu'on surnommait les Campenaire. Ils allaient de villages en villages colporter sur des ânes les fines toiles des Flandres" (1). Mais ils avaient une réputation d"'arringeux" c'est à dire qu'ils comptaient les mesures plutôt en dessous qu'au dessus ; d'où à Ormeignies l'expression "un mètre de Campenaire" c'est-à-dire 95 cm au lieu de 1,02 m !

D'autres métiers opéraient périodiquement dans le village:

Les cueilleurs de fruits : Octave et Léandre Destrain de Ladeuze effectuaient la cueillette des fruits dans les vergers : les cerises en mai puis les poires, surtout les calebasses, suivies des prunes et en octobre la grande récolte des pommes. Au village, Adolphe Destrain dit "Eul Dol Grisette" pratiquait aussi ce métier. Il était aidé de son épouse Grisette qui transportait les caisses de fruits empilées sur la brouette jusqu'à sa maison en attendant la vente.

En saison, il allait avec "Eul Campenaire" de Moulbaix au marché de SaintGhislain car les prix étaient meilleurs qu'à Ath. Ils partaient vers 1 heure du matin avec une charretée de fruits et étaient de retour en début d'après-midi.

Enfin pour terminer citons un autre métier disparu : les fagoteux. "Fred du p'tit Colas" et son gendre "Nicet du Clerc" étaient des spécialistes ! ils ramenaient les fagots, l'hiver, sur le dos d'un baudet pour les "cwitées" du four à pain. L'élagage des arbres était assuré par deux intrépides Jules Pettiaux et Jean-Marie Blanchart. On les appelait les "ermonteux d'arbres"

Cette petite chronique n'a d'autre but que de ranimer un peu le souvenir de ces braves gens d'autrefois et des précieux et multiples services qu'ils rendaient. Le vent du progrès a balayé ces métiers et laissé bien des vides ....

 

Bibliographie : F. BRUNEAU, Contes et légendes du pays d'Ath