Les châteaux d’Ormeignies

 

Le 22 décembre 1922, au café «Excelsior», face à la gare d'Ath, une très belle page de l'histoire d 'Ormeignies se tourne avec la vente du «superbe domaine d 'Ormeignies».

Peut-on retracer les multiples détours de sa destinée au fil des siècles?

Manifestement, les historiens hésitent.

M. VAN HAUDENARD pense que le château a été «détruit au cours de l'été 1866.» A. LOUANT en doute. Il considère plutôt qu'il fut reconstruit après un incendie, mais en 1843.

Pouvons-nous, aujourd'hui, trancher ? En bref : y a-t-il eu un, deux, voire trois châteaux successifs à Ormeignies ? Et bien ... pas tout à fait.

Il faut tout d'abord rappeler que les premiers mots de cette histoire ont été écrits par la famille Pollart, établie à Ormeignies dès le XVIe siècle. Angélique (1756-1840) devait être la seule fille du dernier châtelain d'Ath : Ferdinand Pollart d 'Hérimez. Le 15 juillet 1777, elle épousait Louis de Rouillé, chevalier de Saint-Louis, mestre de dragons au service de la France. A. LOUANT décrit ainsi le manoir d'Angélique : «c'était une masse rectangulaire d'un étage, construite en briques, percée de fenêtres à meneaux, flanquée de deux ailes avancées. A front de rue, une tourelle ronde coiffée d'un toit conique jouxtait les écuries qui cachaient la vue du château.»

Voici donc le château n° 1.

Nous disposons cependant de documents d'implantations irréfutables. Il s'agit de plans cadastraux.

A quoi pouvait bien ressembler ce fameux château numéro 1 ?

Aux archives de l'Etat à Mons est conservée dans la section cartes et plans n°77 une peinture datant de 1785 (Angélique avait 29 ans) :

"PLAN DU TERREIN DU BOIS MONCHY ET DES PAROISSES D'ORMIGNIES ET DES TONGRES ST MARTIN ET NOTRE DAME LEVE LE 26 A VRIL ET JOURS SUIVANTS PAR L'ARCHITECTE ET ARPENTEUR DEMARBAIX SOUSSIGNE CHOISI A CET EFFET SUR VERBAL DE COMPARUTION DU 23 JUILLET 1785 TENU PAR DEVANT MONSIEUR LE CONSEILLER SEBILLE ET SECRETAIRE DEMARBAIX ADJOINT ENSUITE DE LAPRET RENDU LE 18 JUIN 1777 SUR LA VUE DU PROCES ENTRE LES ABBES ET RELIGIEUX D'ENAM ET CONSORS DEMANDEURS PAR REQUETE DU II DE Xbre1773 D'UNE PART LES ABBES ET RELIGIEUX DE CAMBRON EMPRENNANS POUR MAITRE DUCOFFRE CURE DE LA PAROISSE DUDIT ORMIGNIES DEFEENDEURS D'AUTRE"(1)

Il s'agit d'une peinture de quelques 2,60 m de côté qui Couvre les paroisses d'Ormeignies, d'Autreppe et Tongre ! Parmi une multitude de détails, on trouve et, c'est la seule image connue à ce jour, le mystérieux château d'Angélique. L'inventaire est complet. Voici, enfin, une représentation du château du "Sieur Derimez" père d'Angélique!

Notons quelques détails:

On voit clairement le fameux jardin en étoile (qui figure aussi sur la carte de Ferraris).

Le château est flanqué de 2 ailes avancées (2). Une tour, apparemment de section carrée, est à l'arrière du bâtiment. En retrait on distingue nettement un long mur jouxtant une dépendance s'ouvrant par trois grandes arches. Des batiments initiaux (numéro 1), a longtemps subsisté une petite partie que nos anciens appelaient d'ailleurs: "Le vieux château". Une tour ronde y était accolée, elle ne correspond pas à la tour carrée présente sur le plan de 1785.

 

La tour ronde apparaît seulement en 1860 sur les plans cadastraux sur le côté du bâtiment. Elle est collée à u ne avancée en saillie :

Notons également l'église actuelle (elle date de 1777). Elle est entourée d'un mur limitant le cimetière. A l'arrière, on remarque la sacristie. Celle-ci semble surmontée d'un toit pointu.

 

A noter également, au fond de l'actuelle ruelle Angélique de Roui1lé, l'ancienne cure qui sera démolie en 1896.

 

 

Certains bâtiments actuels de la place seraient déjà présents à l'époque. Ce plan présente une multitude d'autres renseignements sur lesquels nous aurons encore l'occasion de revenir : chapelle et hameau d'Autreppe, moulin de Moulbaix, seigneurie et bois de la Rosière, place de la Rouge, seigneurie et hameau de Bétissart... ainsi que d'autres fermes : rue des Frères, rue Saint-Ursmer, allée verte.

 

Peu après le décès d'Angélique, le château brûla. Nous constatons sur le plan les modifications apportées en 1846 par Edouard de Rouillé (1786-1865), fils d'Angélique. La partie centrale (a) du château disparaît et un nouvel édifice (b) est construit en retrait de la place du village.

Voici donc le n° 2 !

                             

En 1859, la troisième partie du manoir initial est démolie (c) et seules les écuries subsistent, flanquées d'une tourelle ronde.

En 1866, ce château flambe aussi. Adhémar de Rouillé - fils d’Edouard - le fait reconstruire. L’architecte, Désiré Limbourg en dessine les plans dans le style néo classique (Louis XIII).  Le parc de 22 ha est conçu par l’architecte de jardin Fuchs.

Serait-ce le n° 3 ? Pas vraiment!

Les visiteurs de l'exposition de septembre 1991 ont peut-être été surpris par l'étrange similitude entre le bâtiment de 1846 et la partie centrale de celui que nos anciens ont encore connu: disposition des pierres, nombre de fenêtres, dimensions. C'était un premier indice.

Un plan cadastral, en apparence anodin, a apporté la preuve attendue.

         

Non seulement il fournit les dimensions du nouvel édifice, mais surtout, celles des transformations opérées. Voilà pourquoi il porte deux dates : 1847-1868.

Examinons les photos et les plans: la façade du dernier étage est reconstruite en biais et la toiture assemblée plus bas que l'ancienne (d). Rassurez-vous, ce n'était pas si petit: deux étages de mansardes prennent place dans le grenier et ce, à plus de 11 m du sol ! Deux imposantes ailes latérales (e) d'ajoutent à la construction. Plutôt qu'une reconstruction, c'était une métamorphose. Notons en passant qu'en 1885, face aux écuries (f), l'orangerie est édifiée dans un style assez proche de celles-ci (g).

 

Mais en 1937, une troisième épreuve s'annonce. Ce n'est plus la fatalité mais la pioche des démolisseurs et c'est une autre histoire.

 

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