Ormeignies sous l’Ancien Régime d’après les cartes anciennes

 

               

Betissart1602.jpgLa première représentation (partielle) d’Ormeignies, à notre connaissance est le plan et la description de la seigneurie de Bétissart, publiés par VERRIEST ([1]).  Nous en avons déjà parlé dans le bulletins de liaison ([2]).

 

carte1706.jpgM. d’HENNEZEL nous a fourni la copie d’une carte qui a nous été d’une grande utilité. Il s’agit d’un « Plan des environs d’Ath assiégé par les troupes des et pris à Bruxelles le 2 octobre 1706. A Bruxelles, chez Eugène Henri FRICK, IMP. du ROY, 1707 ».

En 1701, les Français occupent pour la troisième fois la ville d’Ath et y restent 5 ans. Mais les alliés, après la batailles de Ramillies (23 mai 1706), investissent à nouveau la place (16 septembre) sous le commandement de Marlborough ([3]).

Les archives d’Ath (Sections « cartes et plan ») nous proposent un certain nombre de cartes, notamment militaires. Ces cartes sont généralement peu précises, mais elles sont utiles pour envisager l’évolution du paysage.

carte1745.jpg La première est la « Carte particulière des environsd’Ath, par Jaillot, géographe du Roi, Paris 1745 » ([4]).

1745, c’est la bataille de Fontenoy. La victoire des Français du Maréchal de Saxe prélude à la conquête des Pays-Bas. Le 21 septembre, les troupes françaises sont devant Ath et le 26, dans la ville.

 

carte18s.jpgLa deuxième carte est plus précise. Il s’agit de la « Carte des environs d’Ath par L.A. DUPUIS, 3e quart du 18e siècle » ([5]).

 

ferraris1.jpgDe la même époque, enfin, last but not least, la carte de Ferraris ([6]) est évidemment incontournable dans le cadre de ce modeste travail. Cet ensemble de cartes, comme on les sait, a été dressé entre 1771 et 1778. La précision des détails est remarquable et nous offre un « portrait » fidèle des Pays-bas à la fin du 18e siècle.

 

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A la vue des différentes cartes à notre disposition, ce qui frappe d’abord, c’est a superficie réservée aux espaces boisés. Dans un ouvrage collectif destiné aux enseignants et consacré à l’agriculture au pays d’Ath ([7]), on peut voir une comparaison des surfaces boisées  entre 1775 et 1975.

Les défrichements commencés au Moyen âge se poursuivent tout au long de l’Ancien régime (et même de nos jours !). Le toponyme « Bétissart » est significatif à ce propos ([8]). Un sart ou essart est, faut-il le rappeler, un bois défriché en vue de la culture.

La charte-loi de Bétissart ([9]) désigne un forestier  qui a la charge de surveiller les bois, de constater et réprimer les dommages faits par les bêtes ou les coupes. Les bois étaient utilisés dans l'élevage du bétail qui pouvait y paître à certaines époques de l'année, sous certaines conditions. Ils fournissaient le combustible. Les manants pouvaient ramasser les branches mortes, les feuilles. Il était cependant interdit d'endommager le vif-bois. Les arbres portant des fruits (chênes, hêtres, pommiers, néfliers) étaient protégé davantage (60 sols d'amende pour le chêne, 22 seulement pour le bois blanc dans notre charte).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autour des seigneuries, des fermes et masures, on constate la présence de nombreux vergers. La description de la seigneurie de Bétissart en 1602 est explicite à ce sujet ([10]) : « Au surplus est située en pays fertile et abondant en toutes sortes de blés et fruits d’arbres, notamment dans les jardins du seigneur moderne Martin (Lhermite) qui a assemblé autant de fruits rares que l’on pourrait en avoir en aucune place de des Pays-Bas. »

Vers 1775, la seigneurie de Bétissart est plus que jamais entourée de vergers.

          Le centre du village s’articule de part et d’autre de l’axe correspondant aux rues actuelles Saint-Ursmer et Epinette. De part et d’autres, on distingue parfaitement les vergers à l’arrière des habitations.

 

      

L’église Saint-Ursmer est visible sur le plan de 1706 : il ne s’agit pas de l’église actuelle. On remarque d’ailleurs que l’axe est sensiblement différent, perpendiculaire à la rue.

 

 

En 1770, l’église sera reconstruite parallèlement à la rue, telle qu’elle est représentée sur la carte de Ferraris, entourée du cimetière.

 

            Quant au château, il semble être, au début du siècle, réduit à deux ailes perpendiculaires et une annexe

Sur la carte de Ferraris, il s’agit évidemment du manoir d’Angélique de Rouillé.

 

man_angé.jpgNous en possédons une « vue aérienne » d’époque d’un grand intérêt.

Cette vue, datant de 1785, conservée aux Archives de l’Etat à Mons (Cartes et plans n°77), confirme bien le caractère très rural et peu habité du village.

 

            Ce caractère agricole est marqué par la présence de grosses fermes construites autour d’une cour carrée. Cette disposition est typique du « siècle de malheur » pendant lequel il fallait se défendre des troupes qui écumaient la région. Ces fermes, dont certaines subsistent, au moins en partie, sont clairement visible sur la carte de Ferraris.

Il est difficile de se faire une idée sur la population vivant à Ormeignies sous l’ancien régime.

En 1469, on comptait à Ormeignies 59 feux (et Autreppe 19). ([11])

Sur le plan de 1706, j’ai dénombré une quarantaine de maisons ou fermes et sur la carte de Ferraris une soixantaine.

En 1801, la population d’Ormeignies (Autreppe compris) avoisinaient 900 habitants. ([12])

            Il est évident que le nombre d’habitants pouvaient varier en fonction des guerres, d’épidémies ou de maladies, mais on peut, grâce aux divers éléments en notre présence parler de population relativement clairsemée dans un paysage rural agricole.

            La permanence de cette situation sous l’ancien régime n’a rien d’exceptionnel dans une région marquée depuis des millénaires par son caractère agricole. Plus que les révolutions politiques, les grands changements économiques des 19e et 20e  auront petit à petit raison de cette ruralité qui ne cesse de disparaître.

 

Daniel Leclercq

 
 

[1]. L. VERRIEST, Le régime seigneurial dans le comté de Hainaut, Louvain, 19161917, pp. 94 à 96

[2]. D. LECLERCQ, Le patrimoine d'Ormeignies : première approche.  La seigneurie de Bétissart, dans Bulletin de liaison des Amis d’Angélique de Rouillé, n° 6, Ormeignies, 1994, pp. 29 à 39

[3] . C.-J. BERTRAND, Histoire de la Ville d’Ath, Mons, 1975 (réédition), p. 216 et sq.

[4]. AVA, Cartes et plans, n°51

[5]. AVA, Cartes et plans, n°135

[6]. Carte de Cabinet des Pays-Bas, levée à l’initiative du comte de Ferraris, Ed . Pro Civitate, Bruxelles, 1965, planche Chièvres 41 (I7) (1)

[7]. Permanences et changements dans la vie rurale. L’agriculture au pays d’Ath, s.l.d. de J. DUGNOILLE, O. LEFRANCQ, R. SEVRAIN, Cahier « Francité » n°11, Direction Générale de l’Organisation des Etudes et des Bâtiments scolaires, Communauté française de Belgique, Ministère de l’Education et de la recherche, 1992, p.42

[8]. D. LECLERCQ, Ormeignies, Autreppe, La Rosière, Bétissart.  Problèmes de toponymie, dans Bulletin de liaison des Amis d’Angélique de Rouillé, n°1, Ormeignies, 1992, pp. 5 à 7

[9]. D. LECLERCQ, La charte-loi de Bétissart accordée par Jehan Séjournet le 15 novembre 1411, dans Bulletin de liaison des Amis d’Angélique de Rouillé, n° 8, Ormeignies, 1995, pp. 25 et suiv.

[10]. F. HACHEZ, Séjours de Jehan Lhermite à Mons et au château de Bétissart, à Ormeignies en 1586 et 1602, dans Annales du Cercle archéologique de Mons, t. XXIV, 1895, pp. 113 à 139

[11] . MATTHIEU, Dénombrement des Feux de la Châtellenie d’Ath en 1469,  ACAA, I, p. 60 a.

[12] .  Voir mon article Mon village à  l’heure hollandaise paru dans le n°2 du Bulletin de liaison des Amis d’Angélique de Rouillé. Ormeignies, 1992, pp. 1l à 21