ORMEIGNIES, AUTREPPE, LA ROSIERE, BETISSART

 

PROBLEMES DE TOPONYMIE

 

Que signifie le mot Ormeignies et quand est-il apparu pour la première fois ?

Vers 1850-1860, A.-G. CHOTIN propose . "Son nom est pur roman et veut dire le village de ou dans l'ormaie." Il cite ensuite les orthographes ORMEGNIES (1181), OLMEGNIES (1186) (1). Deux arguments nous font rejeter cette origine. D'abord, ormaie se dit en latin tardif ulmetum (de ulmus, l'orme)(2), ce qui ne correspond pas exactement aux premières orthographes d'Ormeignies. Et puis, il y a ce suffixe -egnies qui marque l'appartenance à untel. CHOTIN lui-même donne cette explication (3), mais considère Ormeignies comme une exception, sans la justifier. Il nous faut donc chercher autre chose.

La référence classique et quasi obligée est Maurice VAN HAUDENARD qui décrivit en 1934 (4) le village dOrmeignies et ses seigneuries dans un article de la revue La Vie wallonne. Nous le citons : "La première forme connue du nom est Ormegnies (1181) ; ses seules variantes sont Ormenies (1189) et Ormeignies. Nous y trouvons le suffixe -egnies qui n'est autre que le latin -iacus rattaché à un nom de personne germanique par la syllabe intercalaire in ; il vient alors à l'esprit la forme Orminiacus, le nom d'homme étant Ormo ; nous pouvons y trouver le gentilice romain Orminius qui pour qualifier le fundus (= établissement, ndlr), devient Orminiacus. Ormeignies serait donc le lieu primitivement possédé par Ormo ou Orminius." M. VAN HAUDENARD cite en note et comme référence KURTH, VINCENT, BAYOT, FELLER et ROLAND, toponymistes célèbres à l'époque.

 

M. GYSSELING, dans son Dictionnaire toponymique (5) apporte une vue nouvelle sur l'origine du mot Ormeignies. Il le rattache au germano-roman Vurminiacas, "appartenant à Wurmo". Nous connaissons le suffixe latin d'appartenance -lacus. Le nom de personne serait donc Wurmo, dans lequel ontrouve le germanique wurmi, "ver". Cette explication est un "ajustement linguistique" de celle de VAN HAUDENARD et ne nous apporte pas de grande nouveauté. Par contre, GYSSELING fait remonter la première apparition du nom plus loin que la fameuse lettre du pape LUCIUS (31 décembre 1181) confirmant les biens de l'abbaye de Cambrai. Il cite des actes de 1140 où l'on trouve Ormengies ; ± 1175, Ormengiis ; 1176, Ormignies, avant les Ormenies (1181, 1189, 1193) que nous connaissions déjà. Une étude reste à faire à ce sujet.

 

Passons à Autreppe ! CHOTIN n'explique rien puisqu'il se contente de dire qu' Autreppe est le nom d'une ancienne seigneurie (6). GYSSELING propose (7) l'ancien germanique Altrapja, qui serait un nom d'établissement dérivé de l'hydronyme (nom de cours d'eau) Altrapô, dont nous ignorons tout. Le mot Altaripa apparaît dans les textes en 1181 (7).

 

La seigneurie de la Rosière, appartenant à l'abbaye de Cambron tire son nom de l'ancien français ros, " le roseau", Il s'agirait donc d'un lieu abondant en roseaux (8), ce qui est tout à fait plausible, d'autant plus qu'il existe une racine germanique antérieure raus ayant le même sens (9). Un acte non daté du pape Alexandre III (1159-1181) est le premier qui fait mention de la grange de la Rosière (Roseria)(10).

 

Reste Bétissart, seigneurie très importante où se dressait un château bâti sur motte, flanqué de huit tours et entouré d'eau (11). L'origine du mot est la plus évidente, puisqu'on y trouve la racine sart  accolée à un nom de personne.

Le mot sart, connu aussi sous la forme essart, vient du latin classique sarire, "sarcler". Le verbe essarter apparaît au XIIème siècle On le trouve d'ailleurs dans un nombre considérable de nom de lieux en Belgique et en France (Sars-la-Bruyère, Lodelinsart, Sars-Poteries ... ) et dans des noms de familles comme Dessart ou Delsarte. Un sart est un terrain boisé qui a été défriché et donc cultivable. Les premières formes du mot Bétissart sont Albertisarto (1161), Bétinsart (1235) et Biétinsart (1385) (13). Bétissart signifie défrichement de Bertin (14) ou d'Albert, ce qui revient au même, l'un étant le diminutif de l'autre.

Ormeignies, Autreppe, la Rosière, Bétissart sont des toponymes qui apparaissent dans les textes dans le courant du XIIème siècle. Nous pensons avoir déterminé aujourd'hui avec plus ou moins de certitudes l'origine linguistique de ces noms. Mais les recherches sur les origines, l'histoire lointaine et même récente de notre village seront encore bien longues certes, mais ô combien passionnantes.

Daniel LECLERCQ.

NOTES

 

1. A.-G. CHOTIN, Etudes étymologiques et archéologiques sur les noms de villes, bourgs, villages, hameaux, forêts, lacs, rivières et ruisseaux de la Province du Hainaut, Tournai, s.d., p.123

2. 0. BLOCH, W. VON WARTBURG, Dictionnaire étymologique de la langue française, 5ème éd., PARIS, 1968, p.449.

3. A.-G. CHOTIN, op. cité, pp. 29-30.

4. M. VAN HAUDENARD, Le Village d'Ormeignies et ses seigneuries in La Vie Wallonne, 14ème année, n° 11, 1934, pp. 343-360.

5. M. GYSSELING, Toponymisch woordenboek van België, Nederland, Luxemburg, en Noord-Frankrijk en West-Duitsland (voor 1226), s.l., Deel II, 1960, p.771.

6. A.-G. CHOTIN, op. cité, p.123

7. M. GYSSELING, op. cité, Deel I, p.84

8. M. VAN HAUDENARD, op. cité, p.350

9. 0. BLOCH, W. VON WARTBURG, op. cité, p.36

10. M VAN HAUDENARD, op. cité, p.351

11. Ibidem., p.346

12. 0. BLOCH, W. VON WARTBURG, op. cité, p.235

13. M. VAN HAUDENARD, op. cité, p.3415