Petite chronique de la grande guerre

Le prélude

Combattants 14-18

Combattants morts

Souvenirs de guerre

 

En 1914, l’expansion économique et navale de l’Allemagne notamment au Proche Orient, l’antagonisme germano-slave, les visées des uns et des autres sèment les germes d’un conflit en Europe et en Afrique. La constitution de 2 blocs : Triple-Alliance (Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie) et la Triple-Entente (Russie, France, Angleterre) posent les ingrédients d’une réaction en chaîne. La souveraineté Belge est garantie en 1839 par toutes les grandes puissances y compris l’Allemagne et l’Angleterre. Mais les plans allemands prévoient de contourner les puissantes défenses françaises par la Belgique et de profiter de son réseau de communication (plan Schlieffen).

En 1914, l’archiduc héritier d’Autriche François Ferdinand et son épouse décident de  prendre leurs vacances à Blankenberge. Le destin est cruel,  ils tombent sous les balles d’un assassin Serbe à Sarajevo le 28 juin. L’Autriche déclare la guerre à la Serbie. La Russie, alliée de la Serbie entre en guerre et l’Allemagne, alliée de l’Autriche suit. C’est début de l’apocalypse. 70 000 000 de soldats s’affrontent, 9 000 000 périront. Le 2 août à 19 h00, Léon d’Ursel, Chef de cabinet du ministre Davignon reçoit l’ultimatum allemand. Le prétexte invoqué est la probable violation de la neutralité belge par les troupes françaises !

Le 4 août à 8H00, deux braves gendarmes belges tentent d’interpeller 24 hussards prussiens, c’est l’invasion. A 10h30, le cavalier Fonck du 2ème lancier tombe sous les balles allemandes à Thimister, il est la première des 40000 victimes militaires belges. La défense des 12 forts liégeois est héroïque. Le général Leman ne rendra le fort de Loncin que le 15 août. Les Allemands foncent vers le sud. A Mons, ils contraignent le corps expéditionnaire anglais du général French à se replier. Au Nord, le 10 octobre, c’est la chute d’Anvers et le repli belge derrière l’Yser. Le 27, le Roi Albert se résout à la tentative de la dernière chance pour stopper l’envahisseur : l’ouverture des vannes de l’écluse de Furnes et du déversoir de Noordvaert. Le « père Henri Geeraert », le vieil éclusier, contemple d’un air narquois les militaires manipulant les vannes sans grand succès. Ce n’est que le lendemain que les militaires font appel à lui pour réaliser la manœuvre adéquate.

La guerre 14-18 est totale : en Russie, dans les Carpates, en Macédoine, en Arménie et en Afrique ([1]) sur la mer, sous la mer et pour la première fois dans les airs ([2]). A l’ouest, les terribles combats ne modifient pas fondamentalement la ligne de front des Vosges à l’Yser.

En 1914, la bataille de la Marne ([3]) permet à Joffre de stopper l’invasion à 35 Km de Paris, mais à quel prix ! En février 1916, c’est la bataille de Verdun qui laisse sur le champ de bataille plus d’un demi million de morts ! Accessoirement, elle porte en avant le nom de Philippe Pétain défenseur du fort de Douaumont et celui d’un certain Charles de Gaulle. En Juillet, c’est la contre-offensive franco-britannique ou bataille de la Somme qui fait plus d’un million de morts dans les 2 camps. L’opinion publique américaine est préparée depuis l’épisode du naufrage du Lusitania. Le 2 avril 1917, précipités par la guerre sous-marine totale, les Etats-Unis entrent en guerre. En 1918, les allemands tentent l’offensive de la dernière chance en Picardie, sur la Marne, en Champagne et autour d’Ypres. Ils bombardent même Paris avec leur « grosse Bertha ». En Belgique, c’est la terrible guerre des tranchées (plus de 400 Km !). Le 22 avril 1915, on utilise pour la première fois des gaz (Chlore) puis la trop fameuse Ypérite ou gaz moutarde ; de nombreux soldats périssent, d’autres conservent les séquelles à vie. En 1916, on estime que 345 canons allemands vomissent chaque jour 500 obus, que 16000 mitrailleuses Maxim crachent  sans relâche vers les lignes belges. Albert Ier devient le Roi Chevalier ([4]), incarnation de la supériorité morale des alliés.

Dans les territoires occupés, la situation est catastrophique ([5]). La résistance a ses célébrités  (Adolpe Max, le Cardinal Mercier...) et ses martyrs : Gabrielle Petit ancienne pensionnaire de l’orphelinat de Brugelette, l’infirmière anglaise Edith Cavell fusillée au tir national, l’espionne tournaisienne Louise de Bettignies, Léon Trulin fusillé à Lille en 1915 et bien d’autres que l’histoire a moins retenus. Le dernier acte se joue dans un wagon à Rethondes pour l’armistice et à Versailles pour un traité qui consacre les frustrations allemandes et.… jette les bases de la 2ème guerre mondiale.

Jean-Jacques Nève

Le prélude

 

Le recrutement des miliciens s’opère jusqu'à l’aube de la guerre 14-18 par  tirage au sort au chef lieu du canton : Chièvres. Malheur à celui qui tire un petit numéro ! ([6])

 

 

 

 

 

Tirage au sort avec Oscar Van Bel, Henri et Nestor Brotcorne…

 

 

 

 

 

Des Ormeigniens au camps de Berverloo en mai 1911.

 

 

 

 

 

La garnison d’Ath

 

Combattants 14-18

                                  

Sources :

(*) Dossiers aux Archives du musée royal de l’armée et de l’histoire militaire (Parc du Cinquantenaire)

(°) Dossiers au centre de documentation historique des forces armées Quartier Reine Elisabeth à Evere.

 

Barbieux Arthur(*) (1878-1959) dit  « Eul Thur Marie Frites », natif de Huissignies, a tenu le salon à Autreppe. Il est enrôlé au bataillon d’administration 4ème compagnie de 1898 à 1901. Il rentre à l’armée le 1er février 1917 au camp d’Auvours( ?) puis est affecté au dépôt des ouvriers d’artillerie à Sainte-Adresse (Le Havre).

 

Botte Gaston (°) (Herchies, 30 juillet 1891-1960) 2ème puis 5ème Chasseur à pieds, il est évacué sur  un hôpital en Angleterre du 20 octobre 1915 au 10 mars1916 pour maladie. Il sera 5 ans sous les drapeaux dont un an en Allemagne occupée. Il obtient notamment la Croix de guerre, Médaille de la victoire, la Croix de feu et huit chevrons de front.

 

Breda Henri (°) (Gibecq le 28 avril 1892-1970). Président de la société des Anciens Combattants, il fut le dernier combattant de14-18 d’Ormeignies. Sergent au 27ème puis 7ème régiment, il est blessé par balle de Shrapnell le 19 octobre1914 à St. Georges (Nieuwport), il est soigné à l’hôpital d’Houlgate (Calvados). Il obtient, notamment la Croix de guerre, Médaille de l’Yser, Croix de feu et 8 chevrons de front.

 

Cabo Omer (*) (1886-1965) Classe 1906, il est gazé pendant la guerre, invalide de guerre. Caporal au 6ème Chasseur à pied (5ème armée, 7ème compagnie), il fait partie des forces d’occupation en Allemagne à Duisbourg (Rhénanie du Nord). Ses 52 mois de front lui valent 8 chevrons de front, la Croix de guerre, la Médaille de l’Yser , de la Victoire… Trésorier des combattants, il tiendra le local des combattants 14-18 « Aux anciens de l’Yser » place de la Rouge  puis à l’actuel « Rétro »

 

Carlier François-Xavier (Ostiche, le 11 juin1883- Ormeignies, le 10 octobre1948). Docteur en médecine vétérinaire, il s'embarque le 11 mars 1909 pour le Congo belge. Il prend part à la campagne d'Afrique (groupe Olsen) comme Lieutenant puis comme Capitaine de la force publique, et finalement attaché à la 4ème .batterie Saint­ Chamond. En 1917, le Ministère des colonies le charge d'une mission dans les territoires occupés du Ruanda-Urundi pour y combattre la peste bovine. Il rentre en Europe et est affecté à l'infirmerie vétérinaire d'Adinkerke puis au 2ème régiment des guide. Il était titulaire de 8 chevrons de front et fut vice-Président d'Honneur des Anciens combattants d'Ormeignies.

 

Carovis (Léo)Paul. (*) (Brugelette, le 19 mars1888-1941), soldat au 5ème Chasseur à pieds. Il est capturé le 29 octobre1915, il vécut trois ans de captivité à Sennelager. Il fut rapatrié le 15 décembre 1918.

 

Chatelle Emile (°) (Irchonwelz, le 29 février1892-1961) était clairon au 23ème de ligne 12ème compagnie. Ses 52 mois de front lui valent 8 chevrons de front, la Carte du feu , la Médaille de l’Yser, Croix de guerre… Il sera longtemps le garde-champêtre d’Ormeignies dont il gardera toujours l’uniforme d’avant guerre (bottines, guêtres en cuir durci, culotte cavalier et képi droit).

Daron Léon (1889-1941) fut soldat à cheval. Sa fille ne le connaissait que par une photo. A son retour, elle ne le reconnut pas : il avait été gazé et était très amaigri.

 

De Keyser Joseph(1897-1965)

 

Destrebeck Eugène (1892-1956)

 

Fauquet Alphonse (°) (Moulbaix, le 14 juin 1893-1977) était de la section de Moulbaix des Anciens combattants. 2ème Chasseur à pieds, des éclats de grenades à Boezinge  entraînent la perte des yeux et d’autres graves blessures. Il est soigné notamment à l’hôpital  de Boitsfort. Il a obtenu 8 chevrons de front, la Croix de l’Yser, la Carte du feu…

 

Fauquet Toussaint (°) (Moulbaix, le 6 juillet1894-1965) était, lui aussi de la section de Moulbaix des Anciens combattants. Venu du centre d’instruction n°4 le 15 mai 1915, il est soldat au 5ème de ligne. Il est capturé au cimetière de Dixmude le 25 mai1918, prisonnier à Parchim en Allemagne, et rapatrié par Le Havre en 1919. Il a reçu 5 chevrons de front.

 

Gheenens Emile (*) de Etikove (Renaix-Audenarde) (1882-1965) entre au service militaire en 1902. Il est incorporé à la 2ème division 5ème de ligne. Son peloton est capturé en Hollande et il est emmené en captivité à Hamersfoort et puis à Zeist

 

Lambotte Joseph.

 

Liégeois Pierre-Joseph (°) (Ormeignies, le 23 avril1892, décédé à Hanzinelle) est caporal au régiment du génie. Le 20 décembre1915, il est emmené à l’hôpital Albert 1er à Paris pour soigner ses blessures. Il est ensuite affecté au dépôt du génie à Ardes.

 

Luxque Ghislain (°) ( Ormeignies, le 1er août1893-1966) fut soldat au 1er de Ligne. Malade, il entre à l’hôpital de Gand le 28 juillet 1914.  Plus tard, il est pris en otage pour être fusillé dans la cour de la ferme Desmet. Le Comte Edouard de Rouillé le sauve de justesse.

 

Massy Fernand (1890-1936) est volontaire de guerre en 1915. Il combat en Afrique comme capitaine-commandant.

 

Nève Oswald (1890-1969) a reçu 8 chevrons de front, Croix de guerre, Médailles de l’Yser, de la Victoire. Il fut secrétaire des Anciens combattants. Avec Georges Carlier de  Moulbaix dit « Moustache » (né en 1889),  ils  accomplissent 30 mois de service militaire puis 4 ans de guerre au 1er régiment des Grenadiers (Commandant Z.Dhainaut, de Brugelette). Ils aperçoivent  plus d’une fois le roi Albert (Le régiment des grenadiers était celui du roi Albert) . Après la guerre, ils font partie des forces d’occupation en Allemagne (Uerdingem -Rhénanie du Nord).

 

Pettiaux Jules (*) (Ath, le 02 septembre1883-1967) obtient  8 chevrons de front, Croix de guerre, Médailles de l’Yser, de la victoire . Il appartient au 12ème régiment de Ligne de forteresse, 73ème compagnie TAG. Il fut le porte-drapeau des Anciens combattants.

           

Portois Karl (°) (03/10/1891-1954) 2ème puis au 5ème Régiment des chasseurs à pieds, 6ème compagnie. Soldat milicien dès 1911, il est rappelé le 1er août14. Il  a reçu 8 chevrons de front, la Médaille de la Victoire, Croix de l’Yser. Il sera Président de la fabrique d’Eglise d’Autreppe.

Senocq Arthur (1882-1929) : Combattant au service transport des Chemins de fer.

                       

Taverne François né à La Hamaide le 5 mai 1884, décédé le 9 avril1959, a obtenu 8 chevrons de front, Médailles de l’Yser, de la Victoire... Soldat à Vilvorde en 1904 au 11ème de Ligne rappelé le 04 août 1914 au 11ème régiment d’artillerie de Forteresse, il participe  à la défense des forts de Liège, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de l’armée. Du 1er avril 1915 au 11 novembre 1918, il est incorporé au 1er bataillon du génie et sera victime des  gaz.

 

Vantrimpont Constant (°) (Ormeignies, le 29 décembre1891-1963). Il a fait 30 mois de service militaire au 4ème  Lanciers. Il est l’ordonnance d’un vétérinaire d’Audenarde. C’est ainsi qu’il rencontre sa future épouse, originaire de l’endroit. Il termine son service le 31 décembre 1913. Il est rappelé le 27 juillet 1914 dans le Limbourg mais contracte une congestion pulmonaire. Il est hospitalisé à l’hôpital militaire de Bruxelles. A l’avancée des troupes allemandes, il s’enfuit. A Autreppe, il échappe de peu aux tirs d’Allemands et  perd ses sabots dans une prairie humide en s’enfuyant. Un parent de sa fiancée travaille pour les chemins de fer à Audenarde. Il peut s’y cacher un an. Il revient à Autreppe et, déguisé en Père Blanc, il échappe 6 mois aux contrôles. Il est néanmoins capturé et envoyé à Péruwelz puis déporté en France où il sera victime des gaz.

Les tranchées de l’Yser. Photo avec François Taverne

 

 

Combattants morts:

 

Décédés lors de l’invasion allemande en 1914 :

 

Bruneau Georges (°) (10 avril 1892-1914) fut soldat au 2ème régiment de chasseurs à pieds le 5 septembre 1912.  Clairon au 8ème de ligne, il est décédé le 23 octobre 1914 à Stuyvekeuskerke. On lui accorda la Médaille de l’Yser et de la Victoire à titre posthume.  Un homme qui passait avec « une liste » vint annoncer le drame à sa fiancée qui habitait au « court tournant » à Huissignies

 

Corbisier Eugène(*)  (né le 10 avril 1892) était au 3ème chasseur pied (5ème division) Il est disparu à Den Dries (Eppeghem) le 13 septembre1914 . Il laisse un orphelin Fernand, qui fut élevé par ses oncles et tantes et sera  prisonnier en 40-45.

 

Décédés lors de la bataille de la crête des Flandres en 1918 :

 

Brotcorne Marcel (°) (né à Ormeignies le 29 septembre1889) est Sergent au 4ème de Ligne. Il est soigné à l’hôpital de  Gravel le 9 janvier 1916 puis évacué sur Honfleur le 14 mars16. Le 28 septembre  1918, il accompagne ses 9 hommes dans la dernière offensive à la forêt d’Houtulst malgré la mise en garde d’E.Chatelle qui lui dit : « c’est presque fini » et  …c’est le drame ! Il reçut 7 chevrons de front et à titre posthume, la Médaille de l’Yser et la Croix de guerre. Dans l’inextricable forêt d’Houtulst, ce fut terrifiant : la 7ème division a capturé des dizaines de canons ennemis menant un combat terrible se terminant souvent au corps à corps !.

 

Frédéric Albert (*) (né le 1er janvier1887) Sergent-Mitrailleur au 2ème régiment des Grenadiers, caporal, il est tombé lors de l’offensive du 30 septembre 1918 à Vieskaven-lez-Moorselede  après 50 mois de front (Ce qui lui valut 8 chevrons de front). Entre les 28 et 30 septembre 1918, il y eut plus de 10 000 soldats belges hors combat ! Son neveu Maurice sera une victime civile de la 2ème  guerre mondiale.

 

Décédés des suites des séquelles  juste après la guerre:

 

Daubechies Lucien (°) ( Tongre-Notre-Dame, le 8 octobre 1893-1921). Brigadier au 2ème Régiment de guide, il est blessé à Ghyvelde le 19 septembre 1916, évacué sur Calais  puis à  Dinard. Il reçut 8 chevrons de front, la Médaille de l’Yser et celle de la Victoire.

 

Docquegnies Georges (Ormeignies, le 02 septembre1893-1920) Soldat au 3ème chasseur à pieds, il est blessé à Eppegem, soigné au lazaret de Bruxelles puis déporté en Allemagne au camp d’Altengrabow, dans les mines de sel. Malade, il est décédé peu de temps après son retour.

 

 

Souvenirs de guerre …

 

A la déclaration de guerre le drapeau est hissé au clocher de l’église. « Le 5 août, on organise dare-dare un grand pèlerinage à Tongre-Notre-Dame. Quand la population des villages environnants arrive, elle ne peut pénétrer qu’à grande peine dans l’Eglise… La statue miraculeuse est, chose rare, descendue, et portée en procession. C’est à qui portera la statue vénérée vers laquelle tous les yeux mouillés de larmes sont pieusement tournés. Le lendemain, une messe solennelle est célébrée dans les églises paroissiales des villages de la région pour demander à Dieu aide et protection pour les époux et les fils sous les armes » ([7]). Le 21 août, les allemands ssnt annoncés. Des réfugiés liégeois déconseillent au  père d’Henriette Choquet d’évacuer : « Où iriez-vous avec vos filles » ? Les hommes se cachent dans des abris bricolés à la hâte (grenier à paille, meule de fagots, caves de four à pain…). Les  premiers allemands, avec lances et casques à pointe, arrivent à cheval à Bétissart.

Le 22, un gradé passe de portes en portes en inscrivant à la craie sur les portes « ein, zwei, drei... Mann » pour indiquer le nombre de soldats à loger. Il y en a  2 chez Henriette Choquet, 5 chez Auguste Frédéric. Ils roulent leur paillasse tous les matins. Deux d’entre eux, âgés d’à peine 18 ans, pleurent beaucoup. L’un est cordonnier et ressemelle les souliers. Ils récoltent les « foyennes »,  fruits du grand hêtre à l’entrée du château, pour faire de l’huile. Ils restent 2 mois à Ormeignies. Ils mangent à la cantine ambulante placée dans la cour de chez Degouys, place de la Rouge. Un matin, une surprise attend  cette famille : au réveil, ils constatent que des Allemands ont, dans le plus grand silence, déménagé leur bétail. L’étable est remplie de chevaux. Dans la cour, des soldats allemands sont affairés autour de la cantine !

Des soldats et un docteur sont aussi logés chez Vinstoque. Il y a un gradé prénommé Walter et son ordonnance de 18 ans qui pleure beaucoup en pensant à sa mère.  Les chevaux sont dans la grange chez Marthe Choquet. Un cadenas ferme le puits pour éviter les malveillances. Un jour, un gendarme vient chez Marthe pour effectuer une fouille. Il arrache une étagère qui  tombe sur la main de sa mère. Elle est soignée par le docteur allemand  au moyen d’une fameuse teinture d’iode. Augusta Fagot est aussi soignée par un docteur allemand.

Un jour, les «loques » sont mises à «cureu » sur la prairie d’Henriette. Un allemand très énervé, surnommé  « bouneu » (un bonnet à poils comme couvre-chef), viendra les faire enlever. Il craint qu’il s’agisse de messages pour les avions. Le «bouneu » est aussi responsable des réquisitions. Gare à soi si on vient de «battre » le blé en cachette ! Il vient de Ladeuze mais le bouche à oreille prévient généralement de sa visite.

« Le 19 septembre, une double proclamation est affichée : interdiction de lire les journaux et obligation d’expédier tous les pigeons à Mons. Ils sont relâchés en octobre mais bien peu retrouvent le chemin du pigeonnier »([8]).

« Le 28 septembre une formidable explosion fait sortir tous les habitants de leurs demeures. Des soldats Belges ont placé une bombe sur le pont du chemin de fer à Ormeignies ce qui a provoqué une ouverture de 3 m 20 et a complètement tordu les rails » (1).

Parmi les réquisitions, il y a celle de « Jane », la jument de Constant Papleux. Celui-ci apprend que son cheval est, avant son départ définitif, sur une prairie de la région. La nuit suivante, avec plusieurs comparses, il organise un raid pour récupérer son cheval. Celui-ci conservera la marque au fer rouge sur la fesse arrière gauche! Pour tenter d’échapper aux réquisitions, la laine est placée dans de grands pots de pierre et enterrée. La paille et l’avoine font l’objet de fournitures obligatoires, les poules n’y échappent pas ! On fait le recensement des noyers dont le bois sert à la fabrication des fusils. Les vases, chandeliers, chaudrons, poignées en cuivre partent vers les usines de guerre allemandes.

« Vers la mi octobre, le pétrole se fait rare. Les marchands ne livrent plus qu’en petite quantité suite à la prise d’Anvers et à l’écoulement des tanks de pétrole à la mer. L’antique quinquet, la lampe à tringle et le carcel, les crassets sont descendus du grenier. D’autres s’éclairent avec des bougies confectionnées avec du suif coulé dans des verres »   ([9]).

 

A Autreppe, Lucienne Delsinne se souvient avec émotion de « Mademoiselle Léonice » (Léonice Dumont). L’institutrice vient tous les matins à pied de Tongre pour enseigner aux 64 élèves de l’école ! Le vieux poêle rempli de « gaillettes et de menu » suffit à peine pour chauffer l’école au cours du terrible hiver 1916 qui se prolongera sept semaines avec des températures de –5 à –20° ! Le château d’Autreppe loge des officiers allemands après le départ des « blancs curés ». La farine des particuliers d’Autreppe est moulue au moulin Depaepe « à Châpite » ([10]).

Tandis qu’à Ormeignies, c’est plutôt chez  « Noreu d’Villée » ([11]) qu’Henriette Choquet et Clémence Brouillard munies d’un passavant vont porter le grain par sacs de 50 Kg. Henriette travaille dans les champs de lin de 3h30 le matin jusque 19h30 à Tongre Saint-Martin. Le lin est d’abord « tiré » puis aligné en « mannées » pour le sécher. Il est ensuite disposé en « chaînes » de plusieurs mètres de long, travail généralement effectué par les femmes. Le lin part de la gare d’Ormeignies vers l’Allemagne par wagons en échange de quelques marks. La nourriture est de plus en plus rare, on se contente de navets au lieu de pommes de terre, de sirop de betteraves sucrières sur le pain. Jeanne du Marichau, Manfat, Adrien Choquet vont en Flandre dans la région de Grammont pour ramener des pommes de terre. Ils reviennent la nuit en se cachant le long des haies pour ne pas être interceptés.

 

La soupe (de haricots) est distribuée au vieux château par Marthe Pétiau et Valentine Thyssen. On va avec son poêlon chercher de la soupe. C’est également à cet endroit que le « Thor » Busine distribue le ravitaillement.

                                              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le secours d’hiver.

 

Le  Comte Edouard de Rouillé aide les familles défavorisées notamment en distribuant les légumes du potager tenu par Gaston Foubert. Le Comte de Rouillé  distribue des « coupons » de tissu pour que les communiants disposent d’habits. C’est avec émotion que ceux-ci gravissent le grand escalier du château pour montrer leurs belles tenues toutes neuves !

 

Autre exemple : Guss François de Leuze est marchand ambulant de laines et chaussettes. Pendant la guerre, il échange sa marchandise contre du beurre, ce qui est strictement interdit ! Il est arrêté. Le Comte de Rouillé prévenu par les gens d’Autreppe intervient immédiatement pour le faire libérer et lui rendre son précieux ballot de laines qui constitue toute sa fortune. Guss François deviendra fabricant  rue Saint-Martin à Leuze et créera la bonneterie François. Jamais, il n’oubliera ses amis d’Autreppe.

Le Comte de Rouillé obtient également la libération d’Adrien Choquet, détenu à Ath. C’est en venant demander l’intervention du Comte de Rouillé pour la libération de son frère Lucien que Georges Vantrimpont rencontrera sa future épouse Marthe « Au Marichau ».

 

Le pays est subdivisé en «  étapes » sortes de districts : 3ème,2ème, 1ère au fur et à mesure qu’on se rapproche du front. Pour passer d’une étape à l’autre, il faut une autorisation. Les nouvelles des soldats sont rares. Les correspondances, soumises à une étroite censure, sont acheminées grâce aux comités de secours via la Hollande puis l’Angleterre. Il existe un « bureau belge de renseignements sur les soldats malades, blessés ou décédés » de la Croix Rouge auquel les familles font appel en désespoir de cause.

 

 

 

 

 

 

 

Un jour, la consigne de se mettre à couvert est donnée :  un attentat contre des wagons de munitions stationnés à Mévergnies est imminent.  Des morceaux de rail seront retrouvés jusque dans les champs d’Ormeignies ! ([12])

A Moulbaix, Désiré « Babite » se souvient de l’arrivée depuis la motte du moulin des Uhlans « casques à pointes » à cheval :  ils venaient d’Autreppe sans doute. Une Javeleuse avait fauché l’avoine à « Chapite ». Les soldats sont allés lier des bottes avec des cordes terminées par un anneau pour les chevaux. Deux sont venus à sa maison rue d’Ath pour chercher de l’eau à la citerne. On venait de tuer le cochon et la vessie séchait sur la corde à linge dans la cuisine mais ils ont ri.

Au Château, la marquise du Chasteler a établi un lazaret pour les blessés. Dans le parc, il y a un signal de reconnaissance pour les avions : une grande croix en briques rouges. Une fontaine avec un bassin a, paraît-il des vertus spéciales. Les blessés s’y lavent.

La Kommandantur est située à Péruwelz. Les gendarmes allemands sont réputés pour leur sévérité. L’un d’entre eux est surnommé 43. Ils prennent les poignées de portes et fenêtre en cuivre. Le père de Désiré plante du tabac et lors de leurs visites, le tabac qui vient d’être « maroteu » est rassemblé en ballots et caché dans un « carme » au fond de la prairie. Le beurre est placé dans des pots et enterré mais, pour déjouer ces ruses, les gendarmes sondent le sol avec de grandes lances.

Sa famille est composée de 5 enfants, la production suffit pendant 6 mois, les 6 mois suivant sont assurés par les rations de la commune et de  «l’œuvre de la goutte de lait ».

En 14-18, le moulin de la Marquise n’est pas en activité. Les enfants vont y jouer (de toute manière, l’occupant interdit le fonctionnement des moulins à vent). Sa famille va moudre les céréales dans le moulin à eau de Claire Viseur et Robert Debleecker à  Blicquy ([13]).

 

En 1918, les allemands réquisitionnent les jeunes pour égaliser la « couture » fraîchement labourée derrière le parc afin d’établir un champs d’aviation. Il ne servira pas (mais c’est à cet endroit, qu’en 40-45 un champ d’aviation sera établi, les grands arbres du parc du château constituant un excellent abri pour les avions).Comme tous les enfants, Désiré ramasse les tracts lancés par les avions anglais. En 1918, les anglais arrivent sur des mulets, ils les attachent aux poteaux de la ligne de tram .

Germaine Carlier se souvient que , dans sa cour, étaient alignées de petites mitrailleuses allemandes ressemblant aux planteuses de l’époque. Un jour, des allemands emmènent la baignoire familiale en zinc à la gare de Ligne. L’Officier allemand qui loge chez eux est entré dans une grande colère et a fait rechercher la baignoire ! Parmi les victimes de Moulbaix figure Edgar Wademant, aumônier et brancardier. Les combattants respectaient de courtes périodes de trêve pour ramener les blessés. Il paraît qu’il s’aventura entre les lignes pour secourir les blessés en dehors de ces périodes… 

 

Récits rédigés par J.-J. NEVE en 1998 grâce aux souvenirs d’Henriette Choquet « Henriette du Julot »  (née en   1903), de Désiré Herlez « Désiré Babite » de Moulbaix  (né en 1904), Lucienne Delsinne (née en 1907), de Denise Dubuisson (née en 1908 ), de Marthe Choquet (née en 1913), et avec  l’aide de  Rose Daron,  de Lucienne Bruneau, de Germaine Carlier, de Josée Herphelin , de Jean Dugaillez de Monsieur le Comte Aymar d’Ursel, de Gilbert Taverne, de Georges Vantrimpont…

 
 

[1] En 1916, les troupes coloniales belges remportent de nombreuses victoires jusqu’au lac Tanganyika. Après la guerre, la Belgique recevra, en reconnaissance, le protectorat sur le Rwanda Burundi.

[2] Petite devinette : qui est Roland Garros ? Sous lieutenant d’infanterie et pilote de l’escadrille MS26. Le 05 octobre 1918, il s’envolera une fois de plus mais ne reviendra pas.

[3] 1 100 chauffeurs ont véhiculé dans leurs taxis 5 000 h de la 7ème DI ! Ce sont les célèbres Taxis de la Marne.

[4] Le Roi Albert était surnommé affectueusement  par se soldats « le garde champêtre de Zoetenaey », la plus petite commune de Belgique, près de Nieuport.

[5] Voir :  Ormeignies-Albany : 1914-1918 dans les bulletins de liaison n° 3 et 4 des Amis d’Angélique de Rouillé

[6] D. LECLERCQ, Coutumes du tirage au sort dans Bulletin de liaison des Amis d'Angélique de Rouillé, n°1, septembre 1992       

[7] Carnets de Paul Debraquelaire Ladeuze à la date du 20 juillet 1916.

[8] Carnets de Paul Debraquelaire Ladeuze à la date du 20 juillet 1916.

[9] Carnets de Paul Debraquelaire Ladeuze à la date du 20 juillet 1916.

[10] Le moulin à vent de Charles Louis Broquet situé rue  d’Andricourt à Moulbaix n’était plus en fonctionnement. Le meunier avait remonté les meules dans le  moulin situé à Chapitre.

[11] Situé entre Villers et Irchonwelz

[12] C. CANNUYER et M. THEMONT, Une Grande figure de la résistance Hainuyère durant la première guerre mondiale :  L’abbé Thésin (1883-1972) et le sabotage du dépôt de Mévergnies-Attre dans les Annales du Cercle Royal d’histoire et d’archéologie d’Ath, 1984-1986 et dans ce bulletin de liaison.

[13] Situé près du couvent « La Porte Ouverte »