ANGELIQUE DE ROUILLE ET LA SOCIETE MONTOISE

 

 

Plus que tout autre, le XVIIIème siècle s'intéresse à tout ce qui est différent, étranger, nouveau. On se passionne pour la musique italienne. On parle politique, finances, littérature. Hommes de lettres, personnes de la haute société, tous ont de tout temps éprouvé le besoin de se réunir dans les endroits à la mode tels que clubs, cafés, salons, tous cercles mondains et aristocratiques voués essentiellement aux activités de l'esprit et du jeu.

La ville de Mons fut riche de ces sortes de sociétés. Il y eut toujours dans cette ville des lieux de rencontres, de réunions où l'on joue, où l'on bavarde, où l'on danse, points de départ, souvent, d'unions qui rapprochent les familles. Ajoutons-y un centre d'influence, une loge maçonnique, une des plus anciennes du continent, la Parfaite Union.

Cette vie montoise fut particulièrement brillante au XVIIIème siècle et les officiers en garnison en furent les stimulants. De nombreux militaires de tous grades y résidaient avec leurs familles. Désuvrés, en quête d'aventures, ils cherchent à se rapprocher des familles aristocratiques. Des uniformes ont toujours bien fait dans les assemblées mondaines.

Les salons les plus fermés s'ouvraient volontiers aux étrangers de marques. "La plus belle, non pareille et triomphante bande de la comtesse de Vignacourt" est restée célèbre. On y jouait aux dames, au whist, aux échecs, le tout sur un fond de clavecin. La ville de Mons prenait l'air aimable, insouciant et distingué de ses habitants. Tout y devenait prétexte à fêtes, danses, repas.

La Révolution vint paralyser toute cette agitation frivole, mais dès 1800, ce besoin de société donna naissance, sur la Grand-Place, à l'Amitié , fondée en 1809 par quelques notables montois ayant plaisir à se retrouver pour lire les journaux, risquer au jeu de cartes de modestes enjeux et causer des événements du jour.

Angélique Pollart d'Hérimez, encore jeune, fut très vite plongée dans cette "vie à spectacle" grâce à l'hospitalité débordante de sa tante Marie Hélène de Pestre. Celle-ci, veuve très tôt, se remaria avec Léopold Leamire de Sars-le-Comte, receveur des Etats de Hainaut. Le couple était installé en la rue Terre-du-Prince, dans un bel hôtel entre cour et jardin.

C'est très probablement dans une de ces réunions mondaines qu'Angélique, y accompagnant sa tante, fit la connaissance de celui qui deviendra plus tard son époux, Louis de Rouillé, originaire de Touraine, région du sud-ouest du bassin parisien. Elle fut éblouie par la prestance de cet officier quadragénaire, de dix-sept ans son aîné, qui résidait parfois à Mons, sur la Grand-Place.

Angélique, délaissée par un mari qui menait la grande vie à Paris, fréquenta assidûment et ce toute sa vie durant, la ville de Mons et sa petite société. Elle y brillait par son esprit, son amabilité, sa grâce qui gagnaient les curs à un tel point que plus d'un lui fit une cour insistante.

Dans une lettre datée du 4 février 1806 et adressée au capitaine Antoine de Rey, Angélique nous relate ses excursions dans la cité montoise : J'ai passé ainsi que tous mes enfants quinze jours à Mons pendant lesquels nous avons été en fêtes : bals, concerts et comédies, grands déjeuners, dîners, soupers. Tous les jours étaient occupés jusqu'à minuit, souvent très tard.

Elle y retrouvait avec plaisir son contemporain Pierre Deneufcour (jurisconsulte et homme politique qui fut à l'origine de l'actuel canal Nimy-Blaton-Peronnes) ; le marquis François de Chasteler , le baron Louis-Duvivier, adjudant-major dans les chevau-légers polonais et qui était aux côtés d'Edouard de Rouillé à Dresde en 1807 ; le comte Duval de Beaulieu, maire de Mons, qui implanta à Attre le premier haras de pur-sang en Belgique. Sans oublier les d'Affignies, les Lamberti, les Carpentier...

Angélique recevait également en son château d'Ormeignies. Chacun y goûtait le charme de la maîtresse de maison ainsi que sa gaieté, plus voulue que spontanée il est vrai. Les hôtes s'y sentaient comme chez eux. La comtesse ouvrait toutes grandes les portes de sa vaste demeure à tout ce qui pouvait la distraire, à tout ce qui pouvait égayer un foyer sans homme.

Toute sa vie, Angélique veilla à préserver cette atmosphère qui lui rappelait, comme elle l'écrivait à son amie Mme Dejardin, de Tournai, "sa brillante jeunesse."