Celui qui donna son nom au domaine d’Ormeignies jusqu’en 1933 (vente du château) est né à Paris, le 2 mars 1739. Il semble avoir d’abord habité la paroisse Saint Roch, où son père sera inhumé.

L’adresse de l’hôtel paternel se situe rue Gaillon, en plein quartier Saint Roch [1].  Jean-Pierre de Rouillé était intendant général des turcies et levées, c’est-à-dire, des vannes sur les rivières, pour réguler leurs cours et l’irrigation.

Louis entre dans la carrière militaire le 21 mai 1756, comme lieutenant de cavalerie à la suite du régiment d’Harcourt. [2]. Il en devient corvette [3], le 1er octobre 1756. Il change d’affectation le 9 avril 1758, et devient capitaine de cavalerie du régiment Lamoth. Deux ans plus tard (31 mai 1760) il obtient la charge d’aide-maréchal des logis et enfin en 1762, celle de maître de camp (c’est-à-dire l’équivalent d’un colonel, chef de régiment) Il est également chevalier de Saint Louis.  Une belle carrière militaire donc.

Comment Angélique Pollart d’Hérimez rencontre-t-elle Louis de Rouillé ? Cela reste un mystère. On sait qu’en 1774 il est à Mons. Il y réside sur la Grand Place. Mons est une ville de garnison. De nombreux officiers français participent à la vie mondaine, de même que les chanoinesses de Saint Waudru.

Louis fréquente, à Mons, une loge maçonnique, la Vraie et Parfaite Harmonie (Loge du marquis de Gages). On sait également qu’Angélique faisait partie de la loge d’Ath La Société de l’Amitié ou La parfaite Union.

A. Louant avance deux hypothèses au sujet de la rencontre entre Louis et Angélique : une réunion mondaine ou une réunion maçonnique. Il ne nous est pas permis de prendre position à l’heure actuelle.

Quoiqu’il en soit, cette jeune fille de 19 ans et cet homme déjà mûr de 36 ans se plaisent.

Nous connaissons le portrait d’Angélique jeune. Elle est séduisante, gaie, simple, intelligente, et … héritière unique. Dans une lettre de Louis à son père il la décrit : « douce, aimable, bien élevée, assez jolie et qui a des talents… c’est une fille unique dont le père et la mère ne sont pas âgés et qui aura un jour différentes bonnes successions ; elle est fort recherchée et a déjà été dans le cas de refuser de très bons partis » [4] Le discours est clair. Louis est autant attiré sinon plus, par la fortune d’Angélique que par sa beauté. Cependant, le père de Louis n’est pas disposé à donner son consentement. (Rappelons qu’il a 36 ans ! Autres temps )

Oserait-on affirmer que sa mort est providentielle, le 19 mars 1776. Louis entreprend alors des « manœuvres d’approche » digne le l’officier qu’il est. Nous disposons d’un portrait supposé, corroboré par le certificat de résidence que nous publions en annexe. Vingt ans plus tard, il mesurait 1,70 m, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, menton rond, visage plein. Cela correspond bien au portrait.

Louis se pose en amoureux empressé. Il offre des fleurs à Angélique, s’exerce au violon pour encourager sa belle à perfectionner son chant, lui fait parvenir des tissus à la mode de Paris. Il ménage ses (l’espère-t-il) futurs beaux-parents en multipliant ses visites à Ormeignies, s’intéressant au fleurs du jardin, allant même jusqu’à faire broder des boutonnières à l’habit du maître des lieux. [5]

Mais ! Sa mère lui refuse toujours son consentement au mariage, craignant que les Pollart n’agissent de façon intéressée. Elle va même jusqu’à leur écrire une lettre désobligeante où elle fait état du peu de fortune de Louis et surtout de sa tendance à la dépense.

Car Louis, à Paris, mène une vie peu « monacale ». En cette époque, le libertinage [6] est roi et les occasions de dilapider une fortune ne manquent pas. Le fonds de ROUILLE, aux  Archives de l’Etat à Mons, recèle de nombreux documents prouvant les dépenses et les dettes de Louis [7] : chevaux, harnais, cabriolet, bijoux, parfums, pommades, fines dentelles, gants, mouchoirs, etc. Une lettre envoyée à Angélique est significative : « Vous n’imaginez pas combien il y a des sujets de dépenses à Paris, et si je ne vous connaissez pas pour une personne aussi rangée et aussi sage, je ne me flatterais pas d’en avoir assez pour vivre et je craindrais que par la suite notre peu d’aisance ne vous occasionne quelque moment d’humeur dont on n’est pas maître… je serais le plus fâché si je ne pouvais satisfaire vos désirs. Les miens sont peut-être plus étendus que les vôtres… » [8]

Après une enquête de la famille de Rouillé sur les Pollart, la mère de Louis donne enfin son accord ! Ils peuvent enfin se marier ! Et au fiancé de devenir encore plus empressant auprès de sa belle. « Je voudrais, divine amante, pouvoir vous donner non pas ce que vous méritez, attendu que ma fortune ne serait pas suffisante, mais des diamants et autres choses agréables… ». Il lui envoie son portrait en souhaitant « qu’elle conservera toujours la préférence pour l’original ». Il achète des vêtements à Paris, engage d’avance une femme de chambre et … demande l’autorisation au roi Louis XVI la permission d’ « être le plus heureux des hommes. » Il demande aussi aux châtelains d’Ormeignies de porter à 4000 livres la pension d’Angélique !

Celle-ci lui écrit des lettres au ton bien sage. Il faut dire que Mme de Rouillé mère, comme il était d’usage à l’époque, et malgré l’âge de son fils, ouvre et contrôle le contenu des lettres entre les fiancés. Lui a-t-elle échappé, ce petit mot caché dans le pli d’une enveloppe qui en dit plus sur les sentiments d’Angélique : « Je n’ai pas osé vous dire tout ce que je pensais, mon aimable ami, craignant que l’on voulut voir ma lettre… Ainsi ne soyez pas étonné du style réservé que j’y observe et sois persuadé que je t’aime plus que personne au monde et qu’il me tarde autant qu’à toi de voir arriver l’instant de notre union… Je t’embrasse de tout mon cœur et t’aime au-delà de toute expression. »[9]

 Le mardi 15 juillet 1777, à dix heures du soir (!), le mariage est célébré dans l’église Saint Julien d’Ath. Elle a 21 ans, lui 38.

Il était entendu que le couple irait à Paris dans l’hôtel paternel, auprès de la mère de Louis. Cependant, il s’installe très vite dans un appartement de cinq pièces Rue de Vaugirard. Deux fils naissent à Paris : Adolphe et Auguste. En 1780, Louis est élevé au grade de brigadier des armées. Il doit choisir une garnison : ce sera Lille. Cela permet à Angélique de retrouver son village d’Ormeignies et ses parents. De temps en temps elle se rend à Lille où l’attend un mari apparemment très empressé : «Je passe ma vie à me promener et dans ma chambre où je regrette de ne plus apercevoir ma petite femme livrée au sommeil dans un certain lit, auprès de la fenêtre, qui me rappelle des moments bien agréables qui faisaient mon bonheur et qui, s'ils existaient encore, changeraient mon ennui en plaisir le plus vif et sans égal. Ah ! mon cher cœur, qu'il est doux de perdre dans vos bras le souvenir de tout ce qu'on y oublie aisément, le genre humain, pour ne plus connaître que l'objet divin qui nous ravit et nous fait mourir de plaisir. Soyez certaine, mon cher cœur, que votre amant ne vous aime pas, mais qu'il vous adore et qu'il ne veut vivre que pour son adorable amante à qui il envoie le baiser le plus tendre du fond de son cœur, en attendant qu'il puisse vous le donner sur cette bouche vermeille qui fait ses délices et son bonheur lorsqu'elle lui répète qu'elle l'aime... »[10]

Cependant … son service terminé à Lille, et pendant qu’Angélique préside quelques fêtes au château d’Ormeignies, réunissant la noblesse régionale, Louis retourne seul à Paris. Certes, Angélique n’aimait guère Paris et encore moins sa belle-mère ! Enceinte à nouveau, elle reste à Ormeignies pour y accoucher de sa première fille Aglaé. Louis revient à Ath pour y signer l’acte de baptême de sa fille, le 14 mars 1781. On ne l’y verra plus souvent.

Louis à Paris, Angélique à Ath et Ormeignies, le couple qui semblait si uni à l’origine n’est plus qu’une ombre. Cette séparation « de facto » fait jaser : Louis aurait-il une liaison dans la capitale française ? En tous cas, ses lettres incitent Angélique à ne pas l’y rejoindre, évoquant mille et un prétextes.

M. Pollart d’Hérimez  estime presque que cette situation est due à Angélique elle-même, la rendant responsable de l’absence de son mari. Lors d’un pèlerinage à Tongre-Notre-Dame, il en vient même à lever la main sur elle. [11]

La réputation d’Angélique vacille à cause de l’absence de Louis. On va même lui trouver quelques « complaisances » avec d’anciens prétendants. Cette société de petite noblesse rurale se fait de plus en plus cruelle envers la châtelaine délaissée.

C’est alors qu’Angélique apprend que son mari est malade. Elle court à son chevet jusqu’à sa guérison. Y tient-elle encore ou veut-elle échapper à un père de plus en plus tyrannique ? D’autant plus que celui-ci s’était entiché d’un aventurier, soi disant prince d’Albanie, qui le soutenait contre sa fille.

Angélique rentre à Ormeignies en août 1783.  Louis reste à Paris. Elle espère toujours qu’il la rejoindra, d’autant plus qu’un quatrième enfant s’annonce. Louis prend très mal cette nouvelle grossesse : « Il serait bien malheureux d’être devenue grosse à si bon marché et pour une pauvre petite virée nocturne… J’aurais bien voulu pouvoir vous l’éviter, mais pour cela il faudrait que de votre côté vous vous y prestassiez ».[12]

Etrange attitude de la part d’un mari qui reproche à son épouse de l’avoir « piégé » et d’être enceinte à nouveau, comme à chaque fois - ou presque – qu’ils se rencontraient.

Que fait Louis à Paris ? Quelles affaires y traite-t-il ? « Il est malheureux d’être innocent et devoir se taire »  écrit-il à son épouse. « Vous ne devez des comptes ni moi non plus, à personne des motifs qui me retiennent à Paris. »[13]

Nous n’en saurons pas plus.

Louis s’intéresse aussi aux innovations de son temps et en particulier les ascensions en ballons qu’il décrit dans ses lettres à Angélique. Fin août 1783 :  « Il pleut à Paris, une pluie qui est tombée assez fort vers cinq heures et dont je n'ai pas perdu une goutte, parce que j'étais allé à pied au Champ de Mars voir faire l'expérience d'un globe qui, par le moyen de l'air inflammable, s'élève en l'air et s'y perd si bien qu'on l'a perdu de vue, et qu'il est allé au moins à Ath. Si par hasard vous le trouvez en chemin, je me flatte que vous l'aurez ramassé et remarqué l'heure et l'endroit, ainsi qu'on en est prié par lettre qui est renfermée dedans. Il a douze pouces de diamètre et est de taffetas enduit de gomme élastique, ce qui était très nécessaire, car il a plu, au moment de son départ, assez fort sur tous les badauds de Paris qui y étaient tant à pied qu'en voiture. » [14]

Le 19 septembre de la même année, il assiste au premier vol d’une montgolfière emportant des « passagers » : « J'ai été incognito à Versailles voir le ballon ou plutôt sa chute, car il avait la forme d'une boule. Il était de toile peinte en bleu, en forme de tente assez grande et élevée, ce qui formait un assez gros volume. Il n'était point chargé d'air inflammable, mais de vapeur de fumée de sarments et de paille. Il a été tomber à environ une lieue de Versailles. J'y ai été le revoir, il s'était déchiré en tombant sur un tas de fagots dans le bois. Une cage où on avait enfermé un mouton, un canard et un coq, tous vivants, et qui était attachée à la queue du dit ballon, s'en est séparée en tombant, mais les animaux étaient vivants, et le mouton ne paraissait pas ému ni fatigué de son voyage dans l'air.» [15]

Louis de Rouillé ne songe toujours pas à rejoindre sa femme et ses enfants à Ormeignies. D’autre part, Angélique n’envisage pas plus de retourner à Paris. Elle préfère de loin l’air de sa campagne natale et surtout veut éviter de se retrouver face à une belle-mère qui ne l’a jamais vraiment acceptée. Louis s’en rend tout à fait compte. Dans une lettre à sa femme, du 12 novembre 1783, il lui ouvre les yeux sur cette différence de goûts qui menaçait leur bonne entente : « J'aime la tranquillité et je ne saurais m'accoutumer à vivre dans la contrainte et la crainte perpétuelle de savoir si mes démarches ne déplairont pas et n'occasionneront pas quelque mécontentement et brouille. La vie à Paris que vous n'aimez pas - je ne sais trop pourquoi - n'a pas les mêmes inconvénients et si on y critique vos actions ce n'est qu'en particulier, et d'ailleurs on ne s'y oppose nullement, et vous y jouissez de la pleine liberté de faire ce que vous voulez. Quant au persi­flage, vous pouvez user de représailles et, si vous craignez la supériorité, il est aisé de le faire finir et de déclarer nettement qu'il déplaît. Je conviens que pour y jouir d'un véritable agrément, il faudrait y avoir une fortune plus aisée que la nôtre qui vous a empêchée de profiter de bien des plaisirs. Malgré cela, il y a toujours des ressources et au moins autant qu'à Ath où la société est très peu nombreuse et peut le devenir, d'un moment à l'autre, encore moins, parce qu'il n'y a pas de spectacle et que l'union n'est point générale, et ne se réchauffe que par instant et par circonstance. De plus, je ne vois rien de plus fâcheux que de devoir être perpétuel­lement occupé de ménager et de concilier les esprits, et vous devez bien sentir que, quand même mon penchant naturel ne me porterait pas à aimer Paris, il est nécessaire pour mes intérêts et ceux de mes enfants, que nous ne l'abandonnions pas. Pour moi j'avoue que je l'aime, que j'y trouve toutes les ressources et plus qu'on ne peut en trouver ailleurs, puisqu'on peut y vivre comme on veut, et si jamais j'en faisais le sacrifice, ce serait par un grand effort de raison, parce que je m'y plais. Il ne m'y manque que de la fortune pour y être le plus heureux des hommes, et le bonheur d'avoir une femme charmante que j'adore ferait que je n'aurais alors nul autre désir... Je vous ai toujours dit que je serais content de passer les étés à la campagne et l'hiver à Paris, ma chère patrie, que je suis bien fâché de vous voir si peu aimer, ce qui surprend tout le monde, même le duc d'Arenberg qui, en faisant hier votre éloge de votre goût pour Ath, en paraissait étonné. » [16]

Louis revient quand même à Ormeignies le 17 janvier 1784. Il réussit même à réconcilier Angélique et son père ! Le 8 mai elle accouche d’une petite fille, Eugénie [17].

A Paris, Louis entreprend des travaux dans son immeuble. Il espère sans doute attirer son épouse dans une habitation luxueuse et moderne. Mais ses moyens ne suffisent pas. Criblé de dettes, il rentre à Ormeignies. Angélique parvient, après vives discussion, à obtenir une procuration qui lui permet de vendre la propriété de la rue de Vaugirard. Cela suffit à peine à épurer la moitié de la dette. Adieu la vie parisienne ! Louis s’était endetté au point de ne plus pouvoir se rendre dans la capitale.

A Ath, la situation du couple empire. De disputes en reproches, la vie en commun devient impossible.

La Révolution française ne va pas changer fondamentalement les choses au sein du couple. Louis vit à Ath. Après la bataille de Fleurus, Pollart d’Hérimez emmène son épouse, sa fille Angélique et ses petits enfants en Allemagne, emportant d’ailleurs la caisse communale dont il avait la charge. [18]  Il y mourra, à Hambourg, abandonné même des siens qui sont revenus au pays.

Louis continue d’accumuler les dettes. Angélique, la quarantaine, fait l’objet de rumeurs incessantes sur sa fidélité. Elle doit même quitter la région et se rend chez une cousine à Spa. Faut-il dire que Louis ne fait rien pour défendre l’honneur bafoué de sa femme ! Ladite cousine essaie bien de raccommoder le ménage mais Louis, qui n’avait jamais considéré Angélique que comme une maîtresse et non une épouse, continue à l’ignorer. Elle rentre cependant à Ormeignies après qu’une lettre de ses enfants (dictée par qui ?) l’y engage.

En 1797, Louis de Rouillé est encore à Ath. Un certificat de résidence l’atteste [19]

En 1802, il rejoint définitivement Paris où il s’installe dans une seule pièce puis chez l’oncle Guillot de Lorme. On ne le reverra plus jamais à Ormeignies.

Louis prend alors pension à l’hôtel des Etats-Unis, rue du Gaillon, non loin de l’endroit où il passa son enfance. Son épouse Angélique se charge de la gestion des finances de sa famille.

En 1812, Louis reçoit avec émotion à Paris ses filles Justine et Eugénie. Celle-ci écrit notamment : « Sa santé me paraît bonne, mais ses jambes ne le sont pas autant. Il marche lentement… Du reste, il est toujours le même, toujours aussi bon, et nous devons nous batailler avec lui pour qu’il ne nous gâte pas trop » [20] Cette dernière remarque  nous montre que, malgré ses problèmes financiers, Louis continue à dépenser son argent sans compter, au désespoir de son épouse restée à Ormeignies.

Louis de Rouillé meurt à Paris le 25 novembre 1814. Edouard, son fils cadet est présent et assiste aux funérailles au Père Lachaise. Voici ce qu’il écrit à sa mère le 2 décembre : «  Il a conservé toute sa connaissance jusqu’au dernier moment. Un instant avant sa mort, il me parlait et j’ai eu la douloureuse satisfaction de recevoir son dernier soupir en le soutenant pour l’aider à vomir. Il a été enterré avec honneur et le moins de pompe possible pour son rang et déposé au Père Lachaise où on pourra mettre une inscription sur sa tombe. »

Laissons la conclusion à A. Louant, actuellement seul biographe d’Angélique de Rouillé.

« La sensibilité superficielle de cet aristocrate indolent, ses manières raffinées, sa confiance naïve envers la Providence, masquaient son profond égoïsme. Cherchant en Angélique une maîtresse plus qu’une compagne, une amie et une épouse, il ne l’avait aimée qu’en fonction de lui-même. Inconscient de ses devoirs, il lui manqua la véritable noblesse du cœur. »[21]

Ce portrait sans complaisance est-il réaliste et juste ? Seule une étude plus approfondie et objective le dira. Elle reste à faire. Avis aux amateurs …

 

Daniel Leclercq

 

DOCUMENT 1

 

Le 6 brumaire an quatre de la république [22]

française une et indivisible.

 

Le citoyen Martin Cornu, greffier du tribunal du district d’Ath, département de Jemmapes.

 

Aux représentans du Peuple, commissaires du gouvernement dans les païs réunis à la république française par la loi du 9 vendémiaire an quatrième. [23]

Citoyens représentans

Je me fais un devoir au nom du Bien public, et pour remplir la tâche imposée à tous bons républicains, au désir de l’article six de votre arretté du quinze vendémiaire [24], et en satisfaction de l’article premier, de vous déclarer que le nommé Pollart d’Hérimez, était depuis un grand nombre d’années pourvu de la place de châtelain du ci-devant office d’Ath, que cet homme y résidait avec sa famille, au ci-devant refuge de Liessies, tels que sa femme, sa fille mariée depuis plusieurs années au nommé Derouilliez ancien chevalier de Saint Louis, de qui elle a trois enfants en bas ages, que cedit Pollart d’Hérimez, s’est émigrés à l’entrée de l’armée victorieuse de la république dans ce département, en messidor l’an deux [25], avec sa femme, sa fille, femme dudit Derouilliez et ses trois enfans, s’étant réfugiés en Allemagne où il doit être encore, n’aiant reparu depuis lors, et laissa chez lui, audit Ath, ledit Derouilliez son gendre avec trois de ses domestiques ; que le susdit Pollart en sadite qualité de châtelain était non seulement dépositaire des archives et deniers d’offices mais aussi de ceux provenants de maniances des biens saisis sous l’autorité d’ycelui, et était le seul, nonobstant que le nommé Limbourg, à présent agent du directoire d’Ath, était lieutenant châtelain, à qui , après compte rendu par les sergents dudit office, des produits des biens saisis des mains les debettes d’yceux, de sorte que, du chef desdits biens saisis qui sont en grand nombre, il résulte que ledit Pollart d’Hérimez est détenteur des sommes considérables, tant les argents consignés entre ses mains que de ses prédécesseurs en office, qu’il a eu soin d’emporter avec lui, n’aiant chargé personne pour acquitter certains créanciers adjugés en préférence sur iceux, ni les débiteurs qui ont libéré leurs biens avant son départ, et depuis à qui il est comptable de plusieurs mille florins, du chef de son office.

Veuillez citoyens représentans accueillir ma déclaration en me rendant digne de m’être utile à notre république de m’ordonner de procurer tous renseignements nécessaires aux commissaires ou agents nationaux, chargés par le susdit arretté pour en poursuivre l’exécution.

Salut et fraternité

(Sign.)  Cornu, greffier

 

[Commentaire : tout ce charabia administratif pour nous apprendre que le père d’Angélique s’est sauvé en Allemagne après la bataille de Fleurus avec sa femme, sa fille et ses petits-enfants, emportant quand même la caisse de la ville dont il avait la gestion. Son gendre Louis reste cependant à Ath, au refuge de Liessies]

 

DOCUMENT  2

 

Séance du onze thermidor 5ème année [26] de la République française.

 

Nous Président et membres composans l’administration municipale du canton d’Ath, département de Jemmapes, certifions par l’attestation des citoyens Léon Couture,  Joseph Jenart, Pierre Hanciaux et François Ergo, tous quatre domiciliés dans cette commune et à nous parfaitement connu, que le citoyen Louis François Rouillé, rentier inscrit sur le registre civique de cette commune sous le N° 144, taille de cinq pieds deux pouces et demi, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, menton rond, visage plein, établi en cette commune y réside et y a résidé sans interruption avec sa femme et ses enfants, maison du ci devant refuge de Liessies, rue des Récollets, depuis le quatorze ventôse an cinquième [27], époque du dernier certificat de résidence qui lui a été délivré, jusqu’à ce jour onze thermidor an cinq, et qu’il n’est point père d’émigrés.

Fait en la maison communale d’Ath, le onze thermidor, an cinquième de la république française une et indivisible, en présence du certifié et des attestants lesquels ont signé tant le registre que l’extrait.

 

Signatures :  Rouillé, François Ergor,  L. J. Couture, J. Jenart, P.J. Hansiaux, C Taintenier, prés., Emm. J. Henaut, adm., Beauwens, adm.

 

[Cet avis sera affiché pendant trois jours]

 


 

[1] En 1495, c'était la ruelle Michaut Riegnaut puis, en 1521 la rue Michaut Regnaut. En 1578, on l'a dénommée rue Gaillon. Elle s'étendait, à l'origine, de la rue Saint-Honoré à la porte Gaillon (sup.) (cette porte était située rue de La Michodière à 60 mètres environ de la rue Saint-Augustin). Cette porte fut abattue en 1700. On supprima alors une partie de la rue Gaillon qui finit alors rue Neuve Saint-Augustin (rue Saint-Augustin). La partie entre la rue Saint-Honoré et la rue Neuve des Petits Champs (rue des Petits Champs) prit au XVIIe siècle le nom de rue de Lorges puis celui de rue Neuve Saint-Roch et de rue Saint-roch. Elle a porté pendant la Révolution le nom de rue de la Montagne. Elle est actuellement une partie de la rue Saint-Roch.

[2] Célèbre régiment lorrain ayant même appartenu à la maison du roi. Au départ, régiment d’infanterie, il s’ajoute une cavalerie (de nos jours le « groupe d’Harcourt » est motorisé). Sous l’ancien régime l’uniforme était ainsi décrit : « Habit, paremens, doublure & veste rouges ; housse & chaperon rouges bordés d'un galon de laine jaune et noire ; épaulette & cordon de sabre de même ; bonnet rouge ; bordé de même que la housse. »

[3] Aucun renseignement sur cette fonction

[4] Cité par A. LOUANT, Angélique de Rouillé, châtelaine d'Ormeignies, Société des Bibliophiles, n° 46, Mons, 1970, p. 19. Une réédition est disponible auprès des Amis d'Angélique de Rouillé, a.s.b.l.

[5] A. LOUANT, Angélique de Rouillé, châtelaine d'Ormeignies, Société des Bibliophiles, n° 46, Mons, 1970, pp 20 et sq

[6] CHODERLOS DE LACLOS  publie ses Liaisons dangereuses en 1782, SADE est en prison pour ses écrits « subversifs ».

[7] AEM, Fonds de Rouillé, Règlement par le notaire Gibert de Paris, de diverses dettes contractées par Louis de Rouillé, 1768-1776

[8] A. LOUANT, op cité,  p. 29

[9] A. LOUANT, op cité, p. 32

[10] A. LOUANT, op cité,  p. 34

[11] A. LOUANT, op cité,  p. 38

[12] A. LOUANT, op cité,  p. 51

[13] A. LOUANT, op cité,  pp 52-53

[14] En 1783, le mathématicien et physicien Jacques Charles utilise le premier de l’hydrogène pour gonfler les ballons. Avec les frères Robert, il construit un ballon qui, lâché des Tuileries, le 27 Août 1783, ira atterrir près de Gonesse. Le 1er décembre, Charles s'envole avec Nicolas Robert dans un ballon à hydrogène. Ils effectuent un vol de deux heures qui les porte à Nesle-la-Vallée, atteignant une altitude d’environ 3400 m.

[15] Le 19 Septembre 1783 à Versailles, devant le roi Louis XVI, le premier vol d’une montgolfière avec passagers a lieu. Ce sont un coq, un canard et un mouton. Les animaux sont récupérés sains et saufs à Vaucresson (3 km) après un vol de 8 mn.

[16] A. LOUANT, op cité,  pp 55-57

[17] Deux autres enfants suivront : Edouard (baptisé le 14 juillet 1786) et Justine (14 juillet 1788).

[18] Voir document 1

[19] Voir document 2

[20] A. LOUANT, op cité,  pp 84-85

[21] A. LOUANT, op cité,  pp 86-87

[22] 28 octobre 1795

[23] 1er octobre 1795

[24] 7 octobre

[25] Le 8 messidor an II (26 juin 1794), les Français remportent une bataille décisive sur les Autrichiens à Fleurus

[26] 29 juillet 1797

[27]  4 mars 1797