A 6 kilomètres au Nord-Ouest de Leuze-en-Hainaut se situe le petit village de Maulde - d’or à la bande de sable frettée d’argent. Le nom de la localité de plus ou moins 900 hectares, d’abord baronnie, puis érigée en vicomté par lettres patentes de l’an 1679, est cité pour la première fois en 1056. Le village était une dépendance de la châtellenie d’Ath dont Ferdinand Pollart d’Hérimez, le père d’Angélique de Rouillé, fut le dernier " gestionnaire " après le décès, le 3 septembre 1753 de Charles-Antoine-Dieudonné Cossée, seigneur de Sémerie et Cordes. Ce dernier avait acheté la terre de Maulde à Claude-Joseph de Fariaux, seigneur de Troisville dans la région du Cambrésis en France.

A l’écart du village, au n° 4 de la rue du Château, s’élève au bout d’une longue drève commandée par quatre pylônes en briques ornés de chaînages d’angle appareillés et d’un vase sur le tailloir, le château de Maulde, remarquable édifice construit en 1755 (1) par l’architecte montois Philippe de Bource pour le compte du vicomte Charles-Marie Cossée de Maulde.

Ce dernier, né à Mons le 22 février 1729 descendait d’une ancienne famille de bourgeois et d’échevins de ladite ville. Il épousa à Ath, le 9 août 1757, Marie-Hélène de Pestre, fille de Jean-Baptiste de Pestre, marchand de toiles en gros à Ath puis fermier général des moyens courants de la province de Hainaut. Marie-Hélène était la sœur cadette de Marie-Antoinette de Pestre, mère d’Angélique de Rouillé.

Décédé prématurément, le 6 janvier 1760, Charles-Marie Cossée de Maulde laissa un enfant en bas âge; Jean-Baptiste-Isidore Cossée de Maulde qui nous intéresse ici.

Né à Mons le 16 juin 1759, Jean-Baptiste-Isidore, vicomte Cossée de Maulde dut, longtemps, se plier à l’autorité (2) de son beau-père (3), Léopold-Alexis-Joseph Le Maire, receveur des Etats du Hainaut. Ce dernier, véritable tyran, fit preuve d’une singulière mentalité confinant un peu à l’impudence, au cynisme. Exemple. Le 22 juillet 1779, un terrible ouragan causa de grands dégâts au château, détruisit la ferme et le moulin et renverse 180 arbres de haute futaie dans le parc et le long des chemins de la seigneurie. On prévient Léopold Le Maire de Sars-le-Comte qui est en déplacement à Mons. Le désastre ne l’impressionne guère et il répond à son bailli Leclercqz: " Allez chez le fermier prendre les hommes et les chevaux nécessaires pour dégager les chemins... C’est au fermier à reconstruire sa ferme... Le meunier relèvera son moulin... Ne pas s’inquiéter des réclamations des paysans ". En 1781, Jean-Baptiste prévient le bailli qu’il prenait lui-même l’administration des affaires de sa vicomté.

En octobre 1785, Jean-Baptiste Cossée de Maulde fit l’acquisition de la seigneurie de Froidmanteau au Sud de Maulde. L’année suivante il entreprit la reconstruction de l’ancien château.

Jean-Baptiste Cossée de Maulde embrassa, très jeune, la carrière des armes. Il y brilla par sa bravoure et son courage spécialement lors de la déroute du 18 janvier 1790, lors de la Révolution brabançonne qui opposa les Pays-Bas autrichiens à la politique de Joseph II. Ce fait d’arme lui valut d’être nommé, le 25 janvier de la même année, capitaine d’escadron par les Etats de Hainaut et reconnu au grade équivalent par le département de la guerre des Etats-Belgiques-Unis, le 3 avril suivant.

A trente ans, Jean-Baptiste Cossée de Maulde est maire de son vicomté. En 1816, il fut fait membre des Etats de la Province de Hainaut. Le 28 février 1823 il obtint, par arrêté royal, reconnaissance de noblesse et concession du titre de vicomte transmissible à sa descendance par ordre de primogéniture.

Jean-Baptiste Cossée de Maulde épousa en premières noces à Bruxelles, le 3 juillet 1794, Henriette-Charlotte de Latre de Resnay décédée, sans postérité, au château de Maulde le 19 juillet 1799. Veuf, il se remaria à Maulde le 17 juin 1801 avec Marie-Anne Bouchelet de Neuville, née à Auchy, dans le Nord de la France, le 21 septembre 1779. Il fit sa connaissance alors qu'elle et sa mère, Madame Robertine-Françoise d'Esclaibes, étaient en résidence au couvent des sœurs de St-François de Sales. De ce second mariage, il eut six enfants dont Alfred-Isidore-Charles Cossée de Maulde né à Maulde le 2 octobre 1805. Il fut bourgmestre de la localité pendant 46 années (de 1834 à 1880). A la mort de son frère aîné Gusmar-Charles-Joseph Cossée de Maulde (1804 - 1858), il demanda et obtint le 21 octobre 1861 la concession du titre de vicomte. Les actuelles familles Cossée de Maulde, de Viron sont la descendance de ce dernier.

Jean-Baptiste Cossée de Maulde s'éteindra en son château le 19 février 1834. Son corps repose dans la chapelle familiale près de l'église St-Thomas. Longtemps abandonnée, la chapelle est heureusement en cours de restauration grâce au dynamisme de la famille.

 

Etienne Caqueue

 

 

Notes

 

(1) Construit sur les fondations d'un ancien château datant du XIVe siècle au moins. Le parc, d'une superficie de 12 hectares est en cours de restauration. L'étang a été réaménagé il y a trois ans.

 

(2) Jean-Baptiste eut, toutefois, souvent l'occasion de "s'évader" afin de rejoindre sa cousine, Angélique Pollart d'Hérimez, en résidence au château d'Ormeignies, près d'Ath. Les deux jeunes gens y grandirent dans une ambiance de querelles et d'espiègleries. Très attaché à sa cousine, Jean-Baptiste fut un de ses témoins lors de son mariage, en juillet 1777, avec le comte Louis de Rouillé.

 

(3) Veuve, Marie-Hélène de Pestre épousa en secondes noces, le 11 avril 1766, Léopold-Alexis-Joseph Le Maire de Sars-le-Comte, Papignies, receveur des Etats du Hainaut, veuf de Marie-Madeleine-Joseph Recq, né à Mons, baptisé à Saint-Germain le 19 avril 1737, fils d'Ildephonse-François et de Marie-Alexis Doige.

 

 

Bibliographie