Les   Amis d'Angélique de Rouillé, a.s.b.l.

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 Les bergers d'antan

Jadis, ils étaient des dizaines à parcourir les routes hennuyères à la recherche de verts pâturages. Séduite par ce métier ancestral, la famille Loiselet comptait plusieurs générations de bergers. Le jeune Maurice Loiselet habite chemin de la Justice à Ath. Pour ses sorties quotidiennes avec le troupeau, Maurice porte une capote de l'armée, une casquette, un sac à dos pour ramener les jeunes qui naissent en route ainsi que l'indispensable houlette.

Moyennant une redevance payée à la ville, les brebis broutent les berges de la rivière et du canal ainsi que l'Esplanade et.effectuent leur entretien. Chaque année, les bergers des alentours se réunissent à tour de rôle chez l'un d'entre eux pour la tonte. L'opération débute dès quatre heures du matin, elle est rondement menée car la centaine de brebis doit partir vers les pâturages au plus tard vers midi ! Durant la guerre 1940-1945, une partie de la laine sera cachée dans des greniers en ville pour échapper aux réquisitions de l'occupant.

Eté comme hiver, quel que soit le temps, le troupeau doit sortir, le berger ne connaît pas de répit. Les quelques betteraves et l'avoine ne constituent en effet qu'un complément pour l'imposant troupeau. En 1964, Maurice, le dernier berger d'Ath cesse ses activités, la conduite du troupeau devenait de moins en moins compatible avec la circulation automobile.

Bien connu des Chièvrois Robert Ergo parquait ses moutons la nuit sur son pré et la matinée les promenait le long des chemins agricoles.

Pendant l'occupation allemande, il profite de certaines parcelles du champ d'aviation ce qui permet une augmentation significative du troupeau qui s'élève alors à 450 têtes réparties en trois lots guidés par lui-même et par ses trois fidèles chiens. Après la libération de 1945, il reçoit des armées alliées un ordre d'interdiction de disposer de ces terrains. Ne trouvant aucune étendue disponible, il est forcé de vendre l'entièreté du troupeau à ses marchands habituels et devient cultivateur à plein temps dans une grande exploitation agricole nommée : "Ferme de la Belle- Vue "

Homme courageux et aimant son métier, Louis Blondiau, oncle de Maurice Loiselet, possédait un magnifique troupeau qu'il faisait paître sur les terrains communaux de Tongres-Saint-Martin et sur les berges du canal pendant que son épouse préparait la nourriture des animaux de la ferme. Devenu handicapé, il se déplace en voiturette tirée par son chien. Lorsqu'un jour le long du chemin de Halage, son chien fit un écart, le brave berger tomba dans le canal qu'il avait si souvent côtoyé. Ses brebis furent vendues à M. Valère Desmet car la ferme de Beaumont possédait un important troupeau.

Plusieurs personnes se souviennent encore du berger de Beaumont. De nationalité russe, il se nommait Yvaniu-Panov. Vêtu d'une peau de mouton qu'il tannait lui-même, d'un chapeau de feutre à bords gondolés, de guêtres et chaussé de gros sabots, il était très proche de ses moutons. Lorsqu'il apprend, en mai 1940 l'arrivée des Allemands, il part vers la France et .sera porté disparu. Le troupeau eut alors pour guide Antoine. Cet homme vit avec sa famille dans une maison antique "le Pavillon " non loin de la bergerie. Il dirige un élevage de plus de 200 sujets. Tôt le matin, longeant le bois du jardin avec le troupeau et aidé de quatre chiens, Antoine traverse la plaine sans difficultés car il connaît l'art de faire encercler ses quadrupèdes. Il se dirige vers Ormeignies afin de brouter les talus herbeux du chemin de fer. C'est là qu'il peut enfin se reposer en contemplant brebis et agneaux aussi gourmands les uns que les autres. Une fois rassasiés c'est le retour par la rue de l'Epinette avec arrêt au puits pour abreuver les chiens assoiffés. Le troupeau s'éloigne ne laissant plus qu'une odeur de suint flotter dans l'air et l'écho lointain des bêlements.

Chez nous Léon Massy, originaire d'une famille de moutonniers d'Ellignies, s'établit à Autreppe après avoir participé à l'élevage avec son frère. Léon débute sa bergerie en achetant à Pont-à-Celles 50 agneaux âgés d'un an de race " suffolk ", celle-ci étant préférée à "l'Entre Sambre et Meuse ". Après deux années d'élevage le troupeau compte une centaine de sujets de grande qualité. Le croisement avec un bélier "hampshire ", premier prix au concours ovin à l'expo 1935 à Bruxelles doit être abandonné car les agneaux ne résistent pas à la marche et doivent rester dans des endroits clôturés. Personnage la fois solitaire et imposant le berger d'Autreppe, avec sa pèlerine, coiffé d'un chapeau mou, un sac en bandoulière promène son troupeau le long des fossés, des chemins ruraux ou à l'orée du bois. Là ses quatre chiens bien dressés règlent le va et vient des moutons, c'est le griffon "moustache " qui ramène les indisciplinés qui s'approchent des récoltes. Eux-mêmes sont parfois rappelés à l'ordre par une motte de terre propulsée adroitement par la houlette du berger. Les fermiers apprécient un passage rapide sur les jeunes linières afin de désherber, les excréments rendent le sol plus généreux.

Hélas un matin de la guerre 1940-1945, Léon se rend au chenil et trouve ses quatre chiens étendus sur le sol, ceux-ci ont mangé des appâts empoisonnés placés le long des bois destinés aux lévriers des braconniers. Emu et désemparé, il trouve le réconfort auprès d'autres moutonniers qui lui proposent des remplaçants également bien dressés. Une grande solidarité existe entre ces braves gens. Cela permet à Léon de reprendre ses sorties journalières à la tête de ses brebis. Cette profession Léon l'a exercée jusqu'en 1952 date à laquelle il est contraint de vendre le troupeau dont il était si fier au marché d'Anderlecht tant le métier est difficile à pratiquer. La mécanisation agricole, la circulation automobile et l'usage de désherbants ne permettent plus au troupeau de pâturer librement le long des routes. Les fibres synthétiques détrônent la laine et le désintérêt pour la viande ovine fait fortement baisser les revenus.

Que ce soient les bergers d'Ath, du faubourg de Tournai, de Rebaix, de Lanquesaint, d'Attre et bien d'autres de nos campagnes environnantes, tous durent abandonner ce métier la mort dans l'âme. Les intempéries, la rudesse du métier ne comptaient pas face à l'émerveillement d'un agnelage, l'éclosion d'une première fleur, le chant d'une alouette ou le spectacle d'un ciel étoilé.

Josée HERPHELIN

Grâce aux renseignements aimablement communiqués par

L. Blondiau

D. Destrebecq

R. Loiselet.

H. Massy

J. Pettiaux

 

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